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Céret

Publié le par Jaume Ribera

Je n'étais jamais allé à Céret auparavant. Oui, je sais: vous allez me faire remarquer que je ne suis pas souvent sorti d'Argelès ou de ses environs...  Reconnaissez quand même que la seule fois où je suis allé loin de ma cité, cela ne s'est finalement pas si bien passé (rappelez-vous mes "aventures" autour du vieux prieuré de Serrabona!...).

Vous le devinez, c'est un peu pour la même raison que j'ai été amené à me rendre à Céret: une mort suspecte sur laquelle il m'a fallu enquêter... Bon! Je ne vous en dis pas plus, car sinon Patrick va râler en disant que ce n'est pas la peine qu'il s'échine à écrire un récit à peu près cohérent de cette enquête si je dois tout raconter avant qu'il ait fini...

Alors pour ne pas lui faire de la peine, je vous parlerai ici seulement de Céret telle que je l'ai découverte...

Le vieux Céret... sans les remparts hélas

Le vieux Céret... sans les remparts hélas

J'ai eu presque envie de repartir au galop de mon grand cheval, lorsque j'y suis arrivé. C'est une cité grouillante, six fois plus peuplée qu'Argelès alors qu'elle n'est finalement pas beaucoup plus étendue. Ses remparts sont en assez mauvais état, vestiges des destructions causées par les guerres des dernières décennies. Il faut dire que Céret commande l'entrée de toute la vallée du Tech allant jusqu'au Haut-Vallespir. Un endroit très disputé...

Francisco m'a expliqué qu'elle était déjà un lieu important bien avant la conquête de notre région par l'Empire romain: il est probable en effet que son nom vient d'un des peuples locaux, les Kérètes. Même si d'après Patrick d'autres hypothèses ont été émises sur le sens de Céret. Le nom de ce peuple, lui, voulait dire "habitants des montagnes" en idiome ibère. En effet, le territoire de la cité grimpe haut sur les pentes des Albères, ce qui est le seul élément qui m'a rappelé Argelès. Mais ce qui surtout explique que c'est là qu'a été négocié (sauf pour la Cerdagne) le tracé de la nouvelle frontière franco-espagnole, après le traité de 1659.

Ce qui m'a surtout frappé durant les quelques jours que j'y ai passés est l'entrelacs de liens entre les familles d'artisans, les notables, les anciens et les nouveaux seigneurs et même les simples paysans. Des liens d'amitié, d'allégeances diverses, de parenté parfois, d'intérêts financiers ou fonciers... Tout le monde, finalement, dépend de tout le monde... Et ceci au milieu d'une profusion de gens d'église: de nombreux curés et deux communautés (très rivales) de moines pour une seule cité!
Vous imaginez l'imbroglio dans lequel j'ai dû me débattre...

J'essaierai (si Patrick me laisse faire) de vous en reparler à l'occasion. Dans cet espoir, je vous laisse contempler quatre des lieux qui ont le plus compté pour moi durant mon séjour cérétan.

CéretCéret
CéretCéret

Les reconnaîtrez-vous? Facile! Même en les imaginant 350 ans plus tôt...

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L'anse de Paulilles

Publié le par Jaume Ribera

Tout le long de la côte rocheuse qui commence au sud d'Argelès, se succèdent de nombreuses petites criques. Je me souviens de vous en avoir parlé. C'est un ensemble finalement assez mal connu, très peu peuplé, et dans lequel se sont développés, durant les longues années de guerre que notre région a connues, de multiples trafics.

L'anse de Paulilles est l'une de ces criques. Ni plus, ni moins notable que les autres.
Si ce n'est qu'elle est plus vaste, entre le cap Béar qui la sépare de Banyuls au Nord, et le cap que nous appelons Coustodou, et dont Patrick me dit que vous l'appelez désormais Oullastrell, au Sud.

Un paysage de roches et de maigre végétation

La plupart de ces criques sont surtout accessibles par la mer.
À Paulilles, toutefois, il est aussi possible de venir par la terre. Le minuscule ruisseau qu'on appelle Rec de Cosprons vient en effet finir sa course au centre de la crique. Il descend des pentes de la Madeloc, en traversant toutes les terres du hameau de Cosprons. Ce mince couloir permet une réelle communication entre ce dernier et la mer. D'ailleurs, je vous l'ai raconté, l'histoire du hameau est très dépendante de l'étendue maritime.

C'est pour cela que cette anse est témoin d'une grande activité clandestine. La proximité de Cosprons compense le côté passablement désertique des abords.

Évidemment, il vaut mieux connaître ou être bien guidé...

Ceux-ci assurent la discrétion; mais les habitations somme toute assez voisines peuvent servir de refuges proches, en cas de nécessité.

Or j'ai entendu dire que depuis quelques temps, il y a une reprise des activités nocturnes, du côté de Paulilles.
Et que de mystérieux navires s'approchent des côtes, parfois la nuit...

L'anse aurait-elle repris du service?
Je vous en reparlerai...

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Perpignan la souterraine

Publié le par Jaume Ribera

Comment le dire de la façon la plus simple, mais la plus correcte, qui soit? En fait, il existe deux villes superposées à Perpignan.

L'une grouillante de population, aux ruelles multiples et entrelacées, aux innombrables églises et chapelles, est celle que nous connaissons tous. Celle dont les plans décrivent l'ordonnancement finalement assez chaotique.

Le Perpignan de mon époque

Cette ville a un souci majeur, que Patrick évoque souvent dans les romans qu'il consacre à mes enquêtes: elle est presque dépourvue d'eau. D'eau courante, je veux dire. Celle que les habitants consomment et utilisent pour leurs besoins les plus immédiats. La Bassa, dont le débit n'est pas toujours très abondant d'ailleurs, coule à l'extérieur des remparts, qu'elle longe au nord de la vile. Quant à la Têt, elle est encore plus éloignée. Nul cours d'eau pour le moins sérieux ne pénètre dans la ville.

Alors il a fallu s'organiser. Tôt.
Lorsque Perpignan est devenue capitale du royaume de Majorque, au XII° siècle, et lorsque les rois y ont fait construire leur palais qui sert de forteresse de nos jours, il a bien fallu trouver des solutions pour faire arriver l'eau, au moins jusqu'au siège du pouvoir royal.

La solution consistant à creuser des puits était certes la plus pratique, puisque la proximité de la mer et des anciens marécages (pas encore tous asséchés, à l'époque de la fondation du royaume de Majorque) faisait que les nappes d'eau n'étaient jamais très lointaines. Mais cette solution ne pouvait pas être utilisée partout. Le coût des puits faisait hésiter les consuls de la ville. Et d'autre part, il y a plusieurs collines à l'intérieur de Perpignan (dont une au niveau du Palais, d'ailleurs), ce qui obligeait à des creusements beaucoup plus profonds et difficiles à entretenir.

Alors on est allé chercher l'eau ailleurs. Dans les rivières descendant des montagnes du Conflent, plus précisément. Un long canal, qui prit le nom de Canal royal, fut construit. Mais encore fallait-il que l'eau qu'une dérivation apportait vers Perpignan pût entrer dans la ville et surtout pût y être stockée, et enfin distribuée dans toute la cité.

Pour faire entrer l'eau, il suffisait d'en franchir les murailles. Ce qui fut fait en doublant certaines entrées de la ville de petits aqueducs. Il en exista deux. L'un arrivait du côté de la porte Saint Martin, à l'ouest de la ville. Mal entretenu, et fortement endommagé durant les années de guerre, il ne sert quasiment plus. En revanche, celui qui arrive près de la citadelle et de la porte d'Elne, lui, est toujours en fonctionnement.

L'aqueduc de la porte d'Elne (avant que celle-ci soit murée, bien après l'époque de Jaume)

Et c'est là que commence l'histoire de Perpignan la souterraine!...
L'eau qui arrive par ce fragile aqueduc est tout d'abord stockée dans un immense réservoir. Le premier fut creusé sous le palais royal lui-même. Mais il a été agrandi depuis.

Ce réservoir est une immense salle voûtée, de construction solide, dans laquelle les lecteurs de ma dernière enquête ont pu pénétrer. À partir d'elle partent de nombreuses canalisations, dont le rôle est de conduire l'eau dans tous les quartiers de la ville.

Un lieu très impressionnant, et vital pour la ville

Peut-être un jour quelqu'un étudiera-t-il tout ce réseau caché (Patrick me dit que certains sont en train de le faire, à vote époque). Alors bien sûr, quand j'ai titré "Perpignan la souterraine", j'ai un peu joué sur les mots. Car personne ne vit là!
Mais comment ne pas penser, lorsqu'on marche dans la ville, que sous nos pas se trouve un aussi dense réseaux de canalisations? Certaines sont abandonnées, et bien sûr à votre époque elles ont été remplacées (ou complétées) par des systèmes différents. Mais nombreuses sont celles qui sont encore en service, de mon temps.
À l'autre bout de ces canalisations, l'eau se déverse dans autant de petits réservoirs qu'il y a de fontaines dans Perpignan. Et Dieu sait qu'il y en a beaucoup, et de très anciennes!

En haut: canalisation souterraine; puis les fontaines du Mas Saint Jean (la plus ancienne), des Carmes, de l'Hôpital et des Potiers
En haut: canalisation souterraine; puis les fontaines du Mas Saint Jean (la plus ancienne), des Carmes, de l'Hôpital et des PotiersEn haut: canalisation souterraine; puis les fontaines du Mas Saint Jean (la plus ancienne), des Carmes, de l'Hôpital et des Potiers
En haut: canalisation souterraine; puis les fontaines du Mas Saint Jean (la plus ancienne), des Carmes, de l'Hôpital et des PotiersEn haut: canalisation souterraine; puis les fontaines du Mas Saint Jean (la plus ancienne), des Carmes, de l'Hôpital et des Potiers

En haut: canalisation souterraine; puis les fontaines du Mas Saint Jean (la plus ancienne), des Carmes, de l'Hôpital et des Potiers

Car c'est grâce à ces multiples fontaines que les habitants peuvent venir chercher (en veillant à éviter les gaspillages) le liquide si précieux.

Aux fontaines, et à toutes les installations de Perpignan la souterraine!...

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Cabestany

Publié le par Jaume Ribera

C'est donc à Cabestany, vous le savez maintenant, que s'est déroulée ma dernière enquête, qui a donné lieu au quatrième roman écrit par Patrick.

Je ne connaissais pas Cabestany. C'est un tout petit village, tout proche de la grande ville de Perpignan (côté citadelle).

À peine une demi-lieue catalane sépare Cabestany des murailles de Perpignan

Un village un peu étrange, en vérité. L'église y est totalement excentrée, au lieu d'être au cœur des maisons, comme c'est souvent le cas dans les villages les plus petits. Et les habitations, loin d'être regroupées et serrées les unes contre les autres, sont souvent séparées par de petits jardins, ou même par des correcs, ces petits ruisseaux (la plupart d'entre eux étaient à sec quand j'y suis allé) servant à la fois à l'arrosage et aux besoins d'eau pour les habitants. Alors que beaucoup des petits villages de notre région donnent l'impression d'une population très regroupée, Cabestany m'est apparu comme un village éclaté, presque sans ordre dans ses constructions.

En grisé, les maisons et autres constructions

Cela tient peut-être aux origines du village. Le curé du lieu, que j'ai beaucoup rencontré durant les quelques jours que Francisco et moi avons passés là-bas, m'a expliqué que les premières mentions de Cabestany dans les textes anciens datent de la fin du premier millénaire. Et à l'époque, l'endroit était un simple village de pêcheurs. Ne cherchez pas sur la carte: il n'y a pas d'étendue d'eau aux alentours, et la mer est quand même éloignée.

Alors... Pêcheurs où? Dans un étang qui se trouvait au Sud-Est du village (en bas à droite du plan ci-dessus), qui a fait partie des nombreuses étendues d'eau asséchées par les Templiers aux XII° et XIII° siècles. Je vous ai parlé, dans un texte antérieur, de cet assèchement massif des étangs de la côte et de la plaine. C'était d'abord pour rendre la région plus salubre (ces étendues d'eau étaient peu profondes, donc assez largement stagnantes et constituaient un paradis pour les insectes divers). Mais c'était aussi pour augmenter les surfaces agricoles, pourvoyeuses de revenus. Pas fous, les Templiers obtinrent des droits féodaux sur toutes les terres ainsi asséchées.
Et quand l'Ordre du Temple fut détruit, c'est l'Ordre des Frères Hospitaliers qui récupéra tous ces droits. D'ailleurs, à l'heure actuelle, Cabestany est toujours contrôlé par la commanderie Hospitalière de Bajoles et par son revêche commandeur, Ramon de Soler.

Petit village, faible population donc. Il n'y a pas plus d'une trentaine de focs (les foyers, unité de compte des populations à mon époque; on estime qu'un foc représente 5 personnes en moyenne). Et pas plus de deux grosses fermes, hormis les mas environnants (pas très nombreux, d'ailleurs) vers Saleilles et surtout Saint Nazaire.

C'est pour cela que la meurtrière maladie qui a soudain frappé le village y a été une telle tragédie!...
Mais cela, c'est le livre de Patrick qui vous le racontera...

Le roman narrant ma quatrième enquête

 

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Le Conflent

Publié le par Jaume Ribera

C'est d'une région que je n'ai jamais eu l'occasion de visiter, que je vous parle aujourd'hui.
"Mais alors, que va-t-il nous en raconter?" pensez-vous sans doute.
Tout simplement, ce que j'en ai entendu dire par des proches qui le connaissent bien. Et notamment mon ami Emanuel d'Oms, qui y a eu de nombreuses possessions, et qui y compte plusieurs amis et des soutiens dans sa rébellion contre les autorités françaises.

Le Conflent, c'est l'exact contraire du Roussillon, que je vous ai déjà présenté. C'est l'espace montagnard de notre région catalane.
Mais là où le Canigó, notre montagne emblématique, est un massif qui se dresse isolé, dominant toute la plaine roussillonnaise, le Conflent appartient pleinement à la chaîne des Pyrénées, sans qu'il soit réellement facile d'identifier tel ou tel de ses espaces.

Le relief particulièrement tourmenté et spectaculaire de la haute montagneLe relief particulièrement tourmenté et spectaculaire de la haute montagneLe relief particulièrement tourmenté et spectaculaire de la haute montagne

Le relief particulièrement tourmenté et spectaculaire de la haute montagne

En fait, il existe trois Conflent, subdivisions intérieures de cette vaste étendue (ci-dessous en rouge) structurée par le cours de la Têt.

Une représentation évidemment schématique

Le Bas-Conflent (en bleu) est la partie la moins élevée. Il est aussi celui dont l'organisation, géographique et humaine, est la plus dépendante du voisinage avec la Têt. C'est celui que Francisco, Sylvia et moi avons visité et parcouru lors de ma dernière enquête (Le novice de Serrabona). Très agricole, aux vergers et aux champs réputés pour leurs productions en fruits et en légumes, bien plus qu'en céréales, c'est une région riche, dès lors que les rigueurs du climat ne sont pas excessives. Les villages y sont nombreux, bien que séparés et morcelés, regroupant une population nombreuse.

Et bien sûr, toujours visible, le Canigó

Le Haut-Conflent (en vert) est l'ensemble le plus loin de la plaine. Emanuel m'a parlé de ses versants de montagnes abrupts, de ses sommets souvent longuement enneigés, de ses forêts parfois mystérieuses et impénétrables, de ses villages épars et totalement isolés les uns des autres, regroupés autour de petites églises datant souvent de plusieurs siècles. J'espère avoir un jour l'occasion de visiter ces contrées; mais je ne peux quand même pas soudoyer quelqu'un pour commettre un crime dont on me confierait la résolution!...

Villages hauts perchés ou lovés dans les vallées

La zone indiquée en jaune sur la carte ci-dessus, je ne sais pas vraiment comment il faut l'appeler. Mais elle est vraiment distincte des deux autres. S'étendant de Valmanya à Casteil, elle se situe en fait sur les pentes du Canigó. C'est la partie conflentoise du massif. Un espace de vallées encaissées, de mines, de villages pauvres, de magnifiques édifices religieux perchés dans d'improbables endroits, également. J'ai ainsi un souvenir à la fois ému et impressionné de l'abbaye de Sant Marti del Canigó.

Un impressionnant nid d'aigles

Vous l'avez compris, le Conflent est une terre propice à bien des mystères, et bien des explorations.

Je vous y conduirai à nouveau...

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Laroque des Albères, la mystérieuse

Publié le par Jaume Ribera

À mon époque, on l'appelle La Roca de l'Albera. Mais il paraît qu'à la vôtre, le nom de la montagne est passé au pluriel. Pourquoi pas, après tout?

C'est un village assez étrange, car il s'est constitué en plusieurs périodes. Les temps les plus anciens ont vu les premières implantations humaines se fixer sur le versant de la montagne, à l'abri du relief et surtout de la végétation. Il en reste quelques vestiges, dont plusieurs dolmens (celui de la Balma del Moro, que je vous ai déjà présenté, est le plus remarquable).

Aux temps carolingiens, où vous savez que la région s'est repeuplée et réorganisée en regroupant les quelques cellules d'habitation qui s'étaient disséminées ici ou là, plusieurs lieux-dits sont apparus sur le territoire de l'actuelle paroisse de Laroque. Leurs noms se sont parfois conservés (Tanya, Villa Rochas devenu Villa Roca, Sant Feliu...); d'autres ont purement et simplement disparu, sans qu'on puisse même les situer avec certitude (Alamanis, Galicia, villa Torrente...).

Rares sont les toponymes que je connais, qui correspondent aux premières implantations de Laroque

C'est le petit hameau de Tanya qui prospéra le mieux dans un premier temps (je vous ai présenté son église, qui a subsisté jusqu'à vous). C'était à l'origine une villa plutôt étendue, autour de laquelle se sont agrégées quelques habitations. Elle était située au nord de l'actuelle implantation du village.

Ce qui a provoqué le déplacement, assez rare il faut le reconnaître, de tout un village, c'est l'édification d'un château, au XI° siècle. À l'écart des habitations existantes. Ce n'était pas là un caprice du petit seigneur local qui l'a fait édifier (un certain Guillem de Salses, ou un de ses proches ascendants). Ni un signe de méfiance envers les habitants ainsi tenus à l'écart. Mais plus simplement le souci de tirer parti de la topographie du lieu. Alors que Tanya s'était regroupé en plaine, c'est sur un piton rocheux contrefort de la chaîne des Albères qu'a été construit le kastrum de Rocha (pour reprendre la graphie de l'époque). Petit à petit, les seigneurs successifs ont incité les habitants de Tanya à délaisser leur bourg pour venir se regrouper autour du château. Ils y apportaient leur force de travail, et y gagnaient la sécurité des murailles et des remparts.

Ce château, il n'en reste presque plus rien désormais. Pour moi! Alors je n'ose même pas penser à ce qui peut rester à votre époque.

Laroque à la fin du XIX° siècle. La tour a été largement détruite peu après ce tableau

Ce qui est sûr en tous cas, c'est qu'il n'a jamais contrôlé la totalité des biens possédés par tous les habitants de Laroque. D'autres seigneurs voisins (je pense à ceux de Sorède, mais aussi aux abbayes de Saint Genis et de Saint André) exerçaient une autorité foncière importante sur le village et ses terres. De plus, l'existence et la survie de nombreux hameaux correspondant à des paroisses sur le flanc de la montagne (Lavall, La Pava...) ont aussi privé les propriétaires du château de toute l'autorité qu'ils auraient pu espérer posséder: jamais les seigneurs de Laroque (à supposer que le titre ait réellement eu une réalité) ne sont devenus gens importants dans la région. Et comme à la fin du XII° siècle, le titulaire du titre n'eut qu'une fille, le mariage de cette dernière avec un membre de la famille des comtes d'Ampurias fit de Laroque une ville royale.

La population ne s'en trouva pas plus mal. En effet, les Ampurias avaient tout à gagner à ce que le lieu fût prospère, et surtout à l'écart des rivalités entre petits seigneurs roussillonnais. Ils accordèrent donc des autorisations de forges, moulins, ateliers, qui assurèrent à Laroque une certaine aisance économique.

La neutralisation entre eux de tous ceux qui auraient pu prétendre à devenir seigneurs sur place fit le reste: Laroque resta depuis un village épargné par les querelles de type médiéval qui ont longtemps duré dans notre région.

Au risque, peut-être, de se faire un peu oublier au pied de la chaîne des Albères...

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Sant Esteba d'Orle

Publié le par Jaume Ribera

Orle, jusqu'à ma dernière enquête, j'en avais à peine entendu parler. Ce n'est pourtant pas très loin d'Argelès: pas plus de 3 ou 4 lieues... C'est en fait tout près de Perpignan.
Et pourtant, je n'y étais jamais allé!
Depuis, bien sûr, je connais beaucoup mieux. Mais chut! Patrick serait très fâché que je vous en dise plus sur cette enquête, sur le récit de laquelle il travaille avec obstination.

Voici donc un tout petit hameau, qui était pourtant déjà un lieu important alors que notre grande ville actuelle commençait à peine à émerger. C'est dire si le lieu n'est pas anodin dans l'histoire de notre région.

Proche de la Bassa et de la grande route qui vient de Thuir

S'il était besoin d'en chercher la preuve, rappelons-nous qu'Orle (Orla, en catalan) fut très tôt le siège d'une commanderie templière. Les chevaliers du Temple qu'elle administrait n'étaient pas des chevaliers combattants. Mais ils accomplirent, comme leurs homologues du Mas Deu dont ils dépendaient, un considérable travail de défrichage et de mise en culture dans toute la plaine adjacente. Ce qui impliqua notamment beaucoup de travaux d'assèchement des étangs et des lacs dont cette vaste plaine regorgeait.

La domination des Templiers s'effondra au début du XIV° siècle sous la pression du Roi de France, inquiet de la puissance qu'ils représentaient. Ce sont les Frères de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem qui leur succédèrent. Ils y sont toujours.
Plus précisément, ils contrôlent toujours la commanderie du Mas Deu, qui est leur implantation principale; celle de Bajoles, aux portes de Perpignan, plus récente mais plus prospère grâce au soutien de quelques riches familles perpignanaises; et quelques autres implantations de rang plus subalterne (la Maison du Temple, à Perpignan; le prieuré de Collioure...).

Et Orle?
Les Frères hospitaliers possèdent toujours les lieux, mais ceux-ci ont lentement périclité, de même que tout le hameau.
Au point que de l'ancien complexe religieux il n'existe désormais plus que l'église, et quelques pans de murs de l'ancienne commanderie.

Cette église Sant Esteba m'a empli de nostalgie, lorsque j'ai eu l'occasion d'y pénétrer (mais chut! Je ne vous dirai pas pourquoi j'y suis allé...).

Évidemment, de nos jours, coincé entre routes et ronds-points, l'endroit a perdu sa majesté

Elle a pourtant dû être impressionnante, lors des temps passés. J'ai pu y admirer de nombreux arcs et piliers de grès, qui structuraient une haute voûte renforçant la solidité du lieu. Plusieurs parois, ainsi que le fond de l'abside, sont percés de larges ouvertures, abritant des vitraux remarquables, très clairs et aux motifs géométriques. Certains présentent des armoiries que je n'ai pas cherché à identifier, mais qui sont sûrement liées aux commandeurs successifs que le lieu a connus.

L'un des rares vitraux encore existants de nos jours

Patrick me dit que pour vous, il ne reste pratiquement plus de mémoire de ce hameau qui fut prospère, et qui est désormais complètement absorbé par les faubourgs de Perpignan. Et que vos contemporains n'ont guère de respect envers les vestiges de ces temps anciens où Orle supplantait pourtant notre grande ville en importance.

À votre époque ai-je compris, seule l'église Sant Esteba, assez fantomatique, subsiste encore, comme un reproche envers tous ceux qui l'ont laissée péricliter, malgré les siècles d'histoire qu'elle représente.

J'ai beau avoir plusieurs fois entendu Patrick me faire ce genre de réponse, quand je lui parle d'un lieu que je connais, mais qui a quasiment disparu pour vous, je ne m'y habituerai jamais...

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Les entrailles de Pujol

Publié le par Jaume Ribera

Non! Ce n'est pas à un examen médical que je vous convie. Mais à une visite de l'intérieur d'un monument hérité des siècles passés, qui voisine Argelès. Patrick m'a fait parvenir des images de ce qui en reste à votre époque. Et il faut reconnaître que ce n'est pas bien différent de ce que je connais, moi, de cet endroit. Une tour carrée sans prétention, ni même sans grand charme, appelée Pujol, sans que je sache à quoi est dû ce nom.

Évidemment, sans ce qui était autour, c'est un peu étrange...

Je vous ai déjà expliqué pourquoi les deux appellations sous lesquelles cet endroit est connu sont exactes: château ou tour de Pujol.
Gardons-lui le nom de tour, puisque après tout ce qui subsiste à mon époque et de vos jours est le donjon de l'ancien château qui, jadis, avait été édifié à proximité de la grande voie de passage se dirigeant vers les Pyrénées. Un château qui avait appartenu à la prestigieuse lignée des comtes du Roussillon, mais dont l'influence a peu à peu périclité.

Cela dit, entrer dans la tour de Pujol est très instructif. Il est certes difficile d'imaginer une quelconque vie ou même une quelconque activité à l'intérieur des épais murs. Ayant été longtemps, avant même mon époque, transformée en grange pour entreposer le foin et les récoltes, la tour a perdu tous les aménagements internes qui étaient les siens. Mais elle a conservé ses principaux éléments de construction, particulièrement révélateurs de la conception des châteaux au Moyen-Âge, lorsque la pierre a remplacé le bois des premiers édifices castraux.

L'épaisseur des murailles est ce qui frappe tout d'abord. Le donjon étant la partie centrale du château, ses murs devaient plus que tous les autres résister aux éventuels assauts ennemis.  Ils sont donc particulièrement larges, comme on peut le constater grâce aux rares ouvertures pratiquées.

Murées ou pas, les ouvertures présentent de larges renfoncementsMurées ou pas, les ouvertures présentent de larges renfoncements

Murées ou pas, les ouvertures présentent de larges renfoncements

Il ne faut pas trop se laisser impressionner, en revanche, par la hauteur de ce qui devait être la salle principale: le plafond qui servait de palier avec le niveau supérieur en est depuis longtemps effondré. Mais même si on imagine cette couverture disparue, la salle ne devait pas manquer de majesté.
Vous y visualisez un banquet de la grande époque?

Les encoches sur les rebords saillants montrent où se situait le plancher du niveau supérieur

À l'intérieur même de la tour, se trouvent encore les escaliers permettant de relier les anciens niveaux entre eux. N'imaginez surtout pas des escaliers majestueux, larges et couverts de marbre, comme mon époque commence à les construire.
Non! Le donjon était à l'origine une structure défensive, donc fonctionnelle. Les escaliers y sont étroits pour ne pas perdre de la place, mais aussi pour rendre difficile le fait de permettre à l'assaillant de croiser (et donc de dépasser et dominer) le défenseur.
Et comme la tour est quadrangulaire, l'escalier court le long de la façade, voire à l'intérieur de la muraille, sans être en colimaçon, comme si souvent dans les châteaux fortifiés. Il semble qu'il y en eut un au niveau supérieur, pour accéder à la terrasse couvrant l'ensemble, mais il a disparu avec le reste.

Vu d'en haut (à gauche) ou d'en bas (à droite): le même sentiment oppressant d'étroitesseVu d'en haut (à gauche) ou d'en bas (à droite): le même sentiment oppressant d'étroitesse

Vu d'en haut (à gauche) ou d'en bas (à droite): le même sentiment oppressant d'étroitesse

Enfin, avez-vous remarqué comme les ouvertures sont rares et étroites? C'est voulu et cela participait aux capacités de défense, bien sûr. De simples meurtrières permettaient à l'occupant de voir son ennemi, et éventuellement de le toucher avec ses flèches ou, plus tard, ses armes à feu; tandis que l'assaillant, lui, avait le sentiment d'être devant un mur presque opaque.

Hormis l'entrée, une seule vraie ouverture (peut-être pas d'origine, d'ailleurs...)

La tour de Pujol est une construction militaire typique de son temps, donc. Il n'y était pas question de confort de vie.

Ce qui m'impressionne, moi, à son sujet, c'est que son donjon soit toujours debout plusieurs siècles après son édification.
Combien des constructions bâties à mon époque seront encore visibles dans cinq ou six siècles?

Et combien des vôtres?

(Un grand merci à Didier Hennebelle, dont les photos transmises par Patrick illustrent ce billet)

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Les anses de la côte rocheuse

Publié le par Jaume Ribera

Là où les Albères plongent dans la mer, cesse la côte de sable qui est celle d'Argelès depuis l'embouchure du Tech. Mais le territoire de la cité ne s'arrête pas là, et s'approche tout près de celle, voisine, de Collioure. Entre les deux, s'étend un espace sauvage, quasiment pas habité, qui est pourtant depuis quelques années le lieu de bien des agitations.

Entre la côte sableuse et la baie de Collioure, une succession de petites anses inaccessibles

À votre époque, Patrick essaie de m'expliquer en vain (je crois qu'en réalité mon esprit se refuse à comprendre ce dont il me parle) que chacune des petites criques abritées qui s'y succèdent est envahie aux beaux jours par un nombre considérable de personnes qui y viennent en villégiature. Et que de nombreuses maisons et autres constructions s'y sont multipliées.
Je ne sais pas si c'est mieux, mais c'est en tout cas profondément différent.

De mon temps, longtemps cet endroit fut ignoré. C'est une zone vierge de tout, trop ventée pour être aisément cultivée, et surtout quasiment inaccessible. La large route qui vient de Perpignan n'y est plus le long ruban rectiligne qui traverse la plaine, contournant à peine les plus gros villages (Corneilla, Elne, Argelès). À cause des rochers abrupts et de la menace des flots par jours de grands vents, la voie s'est éloignée de la mer qu'elle domine dans un panorama qui m'émeut toujours, juste après la fin de la côte sableuse. Seuls des sentiers muletiers quasiment impraticables la relient à la succession de criques qui se s'échelonnent jusqu'à Collioure: l'anse d'en Sourre, celle de Portell, celle de Ouille, où se jette le Ravaner... Rares sont ceux qui affrontent ces sentiers abrupts et étroits pour se faufiler entre les buissons de genêts, de cinéraires, d'orties aussi...

Paysage typique de cette côte rocheuse sauvage

Et pour quoi faire, finalement, une fois arrivés au bord de l'eau, sur d'étroites bandes de sable dominées par les rochers tourmentés?

Une nouvelle fois, c'est l'interminable guerre entre le royaume de France et celui d'Espagne qui a indirectement apporté un peu de vie à ces lambeaux de terres oubliées.
Grâce à la contrebande! Durant les sièges de Collioure, d'Argelès, et d'ailleurs, de discrètes barques accostaient pendant la nuit pour livrer de la nourriture, des biens divers; mais aussi des armes, sur les criques isolées. Où tous ces chargements étaient récupérés par de discrets hommes de main, qui les chargeaient sur leurs mulets et partaient les livrer en lieu sûr.

Evidemment, de nuit, il faut un certain savoir-faire pour accéder au rivage (ici: l'anse de Portell)

Bien sûr, les autorités françaises et espagnoles, pour une fois d'accord, ont tenté de lutter contre cette contrebande. Mais d'une part, elle connaissaient bien moins les environs que ceux qui convoyaient ces chargements clandestins. Et d'autre part, à tour de rôle, chacun des deux États tirait avantage de cette contrebande, et aucun n'avait donc intérêt à en stopper vraiment le va-et-vient.

Ces trafics sont-ils terminés, depuis la fin de la guerre et la signature du Traité de 1659? certes pas! Ils sont moins fréquents, mais toujours présents. Au profit de qui? De ceux qui continuent la lutte de ce côté des Pyrénées, espérant revenir en arrière par rapport au changement de souveraineté que nous avons connu.

Je n'en ai jamais parlé avec Emanuel d'Oms (il est trop discret), mais je suis sûr que lui et ses hommes, parfois, ont fait partie des visiteurs nocturnes de ces anses de la côte rocheuse.

Publié dans Ma région

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La Tour de la Massane

Publié le par Jaume Ribera

Au tout début de ce blog, je vous avais rapidement parlé des tours de guets qui dominent la plaine du Roussillon. Mais trop vite...

La tour de la Massane est, géographiquement, l'avant-dernière d'une longue chaîne de tours érigées lorsque la région faisait partie de l'éphémère royaume de Majorque. À la fin du XIII° siècle, donc. Ce royaume avait une géographie compliquée, particulièrement vulnérable aux voisins hostiles.

Symbole des constructions féodales de l'époque, le nouveau royaume était une aberration géographique

Or, les deux principaux voisins de la petite entité étaient, précisément, plus qu'hostiles. Au Nord, les rois de France; au Sud, les rois d'Aragon. Ces derniers ayant dû consentir malgré eux à la création du petit royaume d'abord centré sur Majorque, puis qui établit sa capitale à Perpignan, afin de ne pas léser le fils cadet du grand roi Jaume I, en 1276.

Pour de lointaines raisons féodales, tout ce que possédait le royaume d'Aragon au nord de la chaîne des Pyrénées fut inclus dans le nouveau royaume. Les Albères devinrent donc une frontière. Et le premier roi de Majorque, Jaume, comprit rapidement la nécessité de sécuriser le Roussillon, par un système informant en temps réel des fréquents mouvements de troupes. À partir de la Cerdagne, mais surtout du Haut-Vallespir, Jaume entreprit donc de faire construire tout un chapelet de tours de guet, jusqu'aux rivages de la mer.

La construction de ces tours était relativement uniforme. Au point qu'il est assez difficile de les présenter en insistant sur les originalités de l'une par rapport aux autres. Elles se ressemblent tellement!
Celle de la Massane, terminée vers 1293, a été érigée sur la ligne de crête qui, depuis le Puig de Sallfort et le Puig Rodon, descend lentement vers la plaine, en séparant celle-ci de la vallée de Lavall. Elle est donc située sur un éperon rocheux dominant le paysage, quelle que soit la direction du regard.

Comment des troupes traversant ce panorama auraient-elles pu échapper à la surveillance par les tours?

Même si elle est circulaire, et largement ouverte vers la plaine roussillonnaise, il est néanmoins facile de se rendre compte, notamment par la position des meurtrières et des rares ouvertures, qu'elle fut conçue pour surveiller avant tout la menace venant du sud: celle de l'Aragon.

À mon époque, la tour est constituée d'un haut rez-de-chaussée voûté, qui abrite les corps d'armes hébergeant quelques soldats en permanence. Un niveau intermédiaire sert pour leur logement et les entrepôts (nourriture, un peu de munitions...) Et enfin, le niveau supérieur, à l'air libre, est celui qui permet les échanges avec les autres tours. Échanges visuels, par un système de signaux inspirés de ceux qui se pratiquent dans la marine (signaux de fumée le jour, signaux de feux la nuit). Échanges sonores, aussi, par des tirs de canon suffisamment codifiés pour être aisément compris au loin.
L'entretien du tout, ai-je besoin de le préciser, est à la charge des communautés sur le territoire desquelles se situe la tour. C'est-à-dire, pour la Massane, à la charge de ma petite cité d'Argelès. Inutile de vous dire que c'est une très lourde menace financière!...

Les meurtrières sur la façade servent plus à la défense de l'édifice qu'à lui apporter une maigre lumière

La mission de la tour de la Massane est de surveiller les mouvements militaires dans la plaine, mais aussi à travers les passes traversant la montagne. Un simple rôle de surveillance, car les hommes qui s'y trouvent postés ne sont pas assez nombreux, et finalement trop faiblement armés, pour pouvoir s'interposer. Leur rôle est d'informer les autres tours de guet, et surtout également la citadelle de Perpignan, d'une éventuelle intrusion sur le territoire du royaume.

Il est frappant de constater que jusqu'à mon temps au moins, la surveillance de la mer n'entre pas dans la mission de la tour (ni dans celle de Madeloc, voisine). La mer, je l'ai souvent dit, n'est plus un lieu d'invasion depuis des siècles.

Elle le redeviendra peut-être, un jour. La tour de la Massane y trouvera-t-elle une nouvelle vocation?

Ce n'est pas sûr, hélas...

Publié dans Ma région

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