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Las Cabanes et la chapelle Santa Coloma

Publié le par Jaume Ribera

Pour le coup, voici un hameau qui n'a quasiment pas bougé depuis les temps les plus anciens. Les maisons, bien sûr, ne sont plus les mêmes. Mais il ne s'est guère agrandi, au fil des siècles. Petit il était, et petit il est resté, planté au milieu des vignes bordant le cours du Tech, dont il n'est séparé que par le rideau d'arbres qui longe la rivière.
D'ailleurs, Patrick me dit qu'à votre époque, il a toujours la même petite taille... J'avoue que je trouve assez réjouissant de constater que certains endroits ont encore pour vous un aspect assez proche de celui que je leur connais!...

Le minuscule hameau, isolé dans une boucle du Tech; en bleu: l'emplacement de la chapelle Santa Coloma

Il faut dire que contrairement à d'autres hameaux dont je vous ai parlé, celui-ci ne se situe pas sur des voies de passage fréquentées ou dans des espaces disputés entre plusieurs seigneurs. Ici, les maîtres des lieux ont longtemps été les abbés de Sant Andreu de Sureda, abbaye que nous avons déjà évoquée. Ces derniers, en effet, étendaient leurs possessions vers le Tech, avant que l'abbaye disparaisse, alors que c'est plutôt vers les Albères que sa voisine de Sant Genis de Fontanes est influente.
Quoi qu'il en soit, les moines de Sant Andreu firent construire, tout près du hameau, une chapelle. Une bien curieuse construction, en vérité...

Lorsque j'enquêtais dans la propriété de Vilaclara, pour trouver l'assassin de la petite Rafela Salas, j'ai aperçu de loin cette chapelle. Tout le bâtiment est adossé à une sorte de mas fortifié, doté même d'une tour, qui domine nettement l'édifice religieux.
 

On dirait bien un castel et sa chapelle...On dirait bien un castel et sa chapelle...

On dirait bien un castel et sa chapelle...

Est-ce là le vestige d'un ancien château? Il ne semble pas, car l'histoire des environs ne fait état d'aucune seigneurie qui aurait possédé un château à cet endroit. Mais il n'est pas interdit de penser que les moines ont ainsi cherché, jadis, à protéger le hameau des Cabanes de son isolement. Ni qu'un hobereau local ait à une certaine époque tenté d'ériger ici les bases d'une seigneurie pour son propre compte, comme Jaume Salas avait entrepris de le faire à Vilaclara.

La chapelle elle-même, vouée à Santa Coloma, est beaucoup plus classique dans son architecture. D'assez petite taille, rectangulaire et dotée d'une seule nef, elle ne présente guère d'originalité par rapport aux autres petites chapelles disséminées ici ou là dans notre région. Sauf peut-être son clocher, constitué d'un mur percé de deux emplacements pour les cloches. Un clocher sans doute un peu trop ostentatoire pour une si petite bâtisse...

Tournée vers le hameau, elle en fut sans doute la minuscule église

Est-ce toutefois un défaut, devant le charme dégagé par l'ensemble?

Publié dans Ma région

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Sant Fructuos de Roca Vella

Publié le par Jaume Ribera

Je vous l'ai déjà dit: les Albères regorgent de petites chapelles, vestiges de fort anciennes églises paroissiales appartenant à des hameaux aujourd'hui plus ou moins disparus. Je vous ai déjà parlé de certaines d'entre elles.
Mais alors que la Pava, ou Lavall, continuent à rassembler des mas et donc des paroissiens, alors qu'elles ont encore une activité religieuse, même réduite, certaines ont déjà complètement cessé d'exister. Vous vous souvenez sans doute de Santa Maria de Torreneules, dont je vous ai raconté la lente agonie. Il y en eut d'autres, et parmi les plus anciennes.

C'est le cas d'une petite chapelle qui m'a toujours fasciné: Sant Fructuos de Roca Vella. Elle est située au sud de Laroque, et a été définitivement abandonnée au début de mon dix-septième siècle.
Elle est pourtant probablement un des plus anciens témoignages des premières implantations chrétiennes qui se sont peu à peu fixées sur ces contreforts des Albères.

Isolée au milieu de nulle part, désormais perdue dans la végétation

Là, aux temps carolingiens, se sont rassemblés quelques tenanciers ayant défriché, pour leur propre compte et parfois pour celui des abbayes voisines, des terres dont ils devenaient de ce fait propriétaires: le système des aprisions a beaucoup été utilisé par le pouvoir carolingien pour repeupler cette partie de la terre catalane.

C'est plus tard, à partir du douzième siècle, qu'émergea un réel pouvoir seigneurial implanté sur le piton rocheux qui, désormais prit définitivement le nom de Laroca, devenu pour vous Laroque. Autour du château qui avait été construit sur ce piton, et sans tenir compte des anciennes églises présentes depuis des siècles, les seigneurs successifs regroupèrent petit à petit les paysans, artisans et autres habitants, qui y gagnèrent la protection du château, en y perdant une part de leur liberté, notamment foncière.
Pour Sant Fructuos, qui était la plus excentrée des différentes églises situées sur le territoire dominé par ce nouveau château (bien plus excentrée, par exemple, que Nostra Senyora de Tanya, dont je vous ai déjà parlé), ce fut le début du déclin. Lent, mais inexorable. Jusqu'à, donc, son abandon.

Déjà, à mon époque, la nature reprend ses droits tout autour du bâtiment. Celui-ci est pourtant tout à fait remarquable. Contrairement à beaucoup de ces petites églises, à la taille souvent modeste et à l'architecture assez simple, l'église Sant Fructuos est assez haute, dominée de plus par un clocher en forme de tour renforçant cette sensation d'élévation. La nef, unique, est plutôt étroite et longe le sentier dominant la vallée du ruisseau de Laroque. Et surtout, particularité supplémentaire, cette haute nef est couronnée en son centre par une coupole soutenue par des arcs latéraux.

 

Cela dit, il va falloir me croire sur parole... Car Patrick me dit que tout ce que je viens de vous décrire est assez largement détruit, à votre époque. Et que s'il vous reste plus de vestiges de Sant Fructuos que de Torreneules, il est assez difficile d'imaginer le bâtiment que, moi, je connais...

Hélas, le temps y a aussi complété l'abandon des hommes. Pourquoi ne faites-vous rien pour, au moins, mieux préserver ce qui vous en reste?

Publié dans Ma région

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Que deviennent nos morts?

Publié le par Jeume Ribera

Non, rassurez-vous, je n'ai pas le moral en berne...
Mais récemment, j'ai été confronté avec Francisco à une série de décès, qu'il m'a fallu gérer et autant que possible limiter.
Et j'ai pu à nouveau constater à cette occasion la force des solidarités villageoises et des rites entourant la mort, au sein de notre société.
Je me suis dit que je pourrais vous en parler. D'autant que d'après ce que m'en dit Patrick, il se pense et se dit beaucoup de bêtises (c'est le moins qu'on puisse dire) sur ce sujet, à votre époque, concernant la mienne.

Tout d'abord, si vous voulez me faire plaisir, ôtez-vous définitivement de la tête l'idée que pour nous, la mort serait un événement banal, qui nous laisserait indifférents tant il est usuel.
Ce n'est pas parce que presque toutes les familles que je connais ont perdu précocement deux ou trois de leurs enfants; parce que les accidents de la vie sont bien plus souvent et plus rapidement fatals qu'à votre époque; parce que les maladies, surtout les plus contagieuses, causent de véritables ravages... que nous nous habituons au décès de qui que ce soit.
De par mon métier, il m'est hélas souvent arrivé de devoir accompagner les derniers instants d'un mourant. Je peux vous assurer qu'autour de nous, la peine, l'affliction, la douleur, les larmes et les cris étaient bien réels.

Famille éplorée après le dernier souffle

L'autre idée reçue qu'il faut que vous abandonniez, dont Patrick m'a fait part avec prudence tant il la trouvait étrange et tant il craignait de me vexer, c'est qu'après le trépas, il n'y aurait aucune considération chez nous envers le cadavre du défunt. Si l'on en croit certains écrits de votre temps, les corps sont aussitôt jetés dans des fosses communes qui ne sont jamais refermées, dans un coin du cimetière, laissant les intempéries, les animaux, la décomposition, œuvrer à la disparition du cadavre.
C'est vrai, cela s'est parfois produit. Lors des grandes épidémies (je vous ai déjà parlé de notre dernière grande peste, en 1652), les morts sont si nombreux que les survivants n'ont même plus assez de temps ni de forces pour les inhumer dignement. Alors oui, dans ces cas et à ces moments-là, de telles fosses ont pu exister, où tous se trouvaient jetés à la va-vite. Mais c'était lors de circonstances exceptionnelles!...
D'ordinaire, les cadavres sont inhumés dans la tombe familiale. Celle du défunt, celle de son conjoint, celle de la ferme ou du mas dans lesquels il habite et travaille pour les simples ouvriers de la terre. Il n'y a pas, c'est vrai, de tombe individuelle. Mais un lieu où sont inhumés, les uns après les autres, les uns sur les autres aussi, les défunts successifs d'un même groupe familial.

Où? Au cimetière paroissial, pour la plupart. En général, celui-ci se situe à l'ombre de l'église, au pied même de ses murs. Mais il est aussi possible que le défunt soit enseveli sur ses terres, voire dans une chapelle au sein de la propriété familiale. Dans tous les cas, il est conduit en terre sitôt après la cérémonie religieuse (souvent sobre et brève) qui a marqué aux yeux de tous son admission dans la vie éternelle. Celle, en tous cas, que nous promet régulièrement le curé...
Le corps a été longuement préparé (souvent par des femmes du village) et vêtu de ses habits les plus présentables. La dépouille est ensuite entourée d'un simple linceul, et enfermée dans un modeste cercueil de bois fabriqué tout exprès (parfois depuis longtemps!...) par le menuisier du village. Nulle ostentation dans cet apparat; il se veut avant tout fonctionnel, sauf pour les plus fortunés de notre société qui eux peuvent se permettre certaines extravagances mortuaires.
 

Plus ou moins d'apparat ou de solennité, mais le rituel des obsèques paysannes est partout le même

Il y a deux exceptions à une inhumation dans le cimetière. Au sein de nos communautés (plus souvent dans les villes que dans les villages), les plus riches paient parfois le droit de se faire inhumer à l'intérieur de l'église. Plus on paie, et plus sa tombe pourra être près du chœur. J'en ai aussi connu qui se faisaient inhumer sous le banc occupé par leur famille durant les offices religieux!
Et puis il y a ceux qui ne sont pas morts dans des conditions suffisamment chrétiennes pour que leur dépouille puisse reposer en un lieu consacré. Les suicidés, que l'Église considère comme morts en état de péché; ceux (très rares) qui ont refusé les derniers sacrements; ceux qui n'ont pas pu les recevoir, car leur décès a été trop soudain. Pour ceux-là, néanmoins, une tolérance (la plupart du temps monnayée, bien sûr) vient toutefois permettre leur inhumation au cimetière, surtout si un témoin providentiel (lui aussi, justement rémunéré pour son témoignage) vient attester que le défunt est mort dans les règles de la foi.

D'autant qu'on ne dispose pas de beaucoup de temps pour régler ces formalités. La très grande majorité des inhumations a lieu le lendemain (et parfois le jour même) du décès. Il peut arriver que la cérémonie soit reportée d'une journée supplémentaire, quand il faut absolument attendre l'arrivée de proches parents habitant dans une paroisse éloignée. La raison de cet empressement? Elle est surtout sanitaire. Nous ne disposons pas, en effet, de beaucoup de moyens pour préserver un cadavre de façon à éviter une possible contamination de l'environnement immédiat. Lorsque j'ai dû conserver pendant plusieurs jours, à Argelès, le mort qui avait été découvert au pied de la tour de Madeloc, lors de ma première enquête, la rumeur d'un risque d'épidémie n'a pas tardé à se répandre dans la cité!...

C'est peut-être en raison de cette vitesse, de la fréquence des décès, de cet apparat restreint, de l'absence de tombe individuelle, que beaucoup à votre époque sont persuadés que nous n'honorons pas nos morts convenablement. Que leur départ nous laisse pour ainsi dire indifférents, blasés...
Votre époque, me dit Patrick, est plus démonstrative face à la mort. Ce qui ne l'empêche pas de se montrer souvent très oublieuse envers les lieux où reposent ceux qui furent nos contemporains (et donc vos aïeux). Jugez-en vous-même...

Des cimetières abandonnés, à votre époque...Des cimetières abandonnés, à votre époque...Des cimetières abandonnés, à votre époque...

Des cimetières abandonnés, à votre époque...

Sans vouloir vous vexer: laquelle de nos deux époques, finalement, a moins que l'autre le respect de ses morts?...

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L'église Sant Martí i Santa Croce de Tatzo

Publié le par Jaume Ribera

Je vous ai déjà parlé du hameau de Tatzo, qui était le fief d'Emanuel d'Oms jusqu'à sa confiscation par les nouvelles autorités de la région. Ce hameau est trop petit pour avoir une église paroissiale. Mais cela n'empêche pas que les familles qui y résident (trois ou quatre, désormais, selon les périodes) disposent d'un lieu consacré pour vivre leur foi: la chapelle du château. Et le fait que celui-ci soit désormais fermé depuis la confiscation n'empêche pas que sa chapelle puisse servir encore, à l'occasion. Le curé d'Argelès vient parfois y célébrer un office, notamment à l'occasion des enterrements.

D'ailleurs, lorsque le cadavre de la jeune Rafela Salas a été trouvé aux abords du château, c'est à l'intérieur de cette chapelle que les villageois ont transporté le cadavre mutilé, avant même de venir me chercher... puis de me confier l'enquête pour retrouver son assassin (Patrick vous a raconté cela dans Les anges de Saint Genis). C'était, je crois, la première fois que je pénétrais dans cette chapelle. Quelle merveille architecturale!...

Une double nef, entrecoupée par trois travées sur deux étages, le tout se rejoignant en une travée de chœur puis une abside unique © SDAP Pyrénées-Orientales

À votre époque, Patrick me dit qu'elle est totalement abandonnée, après avoir servi de ... bergerie (!) durant des décennies. Quel dommage.

Sant Martí i Santa Croce date vraisemblablement des premières années du XI° siècle. Ce fameux An Mil qui effraya tant la chrétienté. Est-ce le soulagement de l'avoir franchi, qui provoqua tant d'audaces architecturales et artistiques? Je ne sais pas. Mais quoi qu'il en soit, la construction de la petite chapelle castrale de Tatzó nous a laissé une œuvre particulièrement complexe, révélatrice de l'opulence des comtes de Roussillon, créateurs et maîtres du château.

L'entrelacs des voûtes des deux nefs, et les travées latérales sur deux niveauxL'entrelacs des voûtes des deux nefs, et les travées latérales sur deux niveaux

L'entrelacs des voûtes des deux nefs, et les travées latérales sur deux niveaux

À mon époque, l'endroit n'a déjà plus la majesté qu'il eut durant des siècles. Certes, il n'est pas abandonné et rempli de gravats, comme pour vous, mais la fermeture du château l'amène petit à petit à se détériorer lentement. C'est peut-être, d'ailleurs, le but recherché par le gouverneur de Noailles... Avant d'ôter tout prestige à la noblesse locale.

Patrick me dit qu'il ne reste que quelques vestiges épars et fragiles, en votre époque lointaine, de ce qui fut un des plus massifs châteaux de toute la plaine du Roussillon. Et que l'église Sant Martí i Santa Croce attend désespérément qu'on veuille bien s'occuper d'elle, pour la restaurer un minimum...

Bientôt ruinée à l'ombre de l'antique tour; son modeste portail d'entrée; le chevet de l'abside uniqueBientôt ruinée à l'ombre de l'antique tour; son modeste portail d'entrée; le chevet de l'abside uniqueBientôt ruinée à l'ombre de l'antique tour; son modeste portail d'entrée; le chevet de l'abside unique

Bientôt ruinée à l'ombre de l'antique tour; son modeste portail d'entrée; le chevet de l'abside unique

Avouez que ce ne serait pas un luxe!...

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Les Aspres

Publié le par Jaume Ribera

Puisque le petit jeu que vous avait proposé Patrick, l'autre jour, m'a donné l'occasion de vous présenter brièvement l'une des régions de notre Catalogne désormais française, je vais continuer en vous parlant d'une autre, que j'ai découverte récemment.

Lorsque Francisco, Sylvia et moi avons quitté Argelès, il y a quelques mois, pour partir à la découverte des bibliothèques et des richesses culturelles entreposées dans les abbayes disséminées ici ou là, nous avions prévu de traverser rapidement les Aspres. Les circonstances en ont décidé autrement, puisque l'assassinat d'un jeune novice, à Serrabona, nous a retenus plus longtemps que prévu dans cette région.
Patrick vous a raconté cette longue et difficile enquête (Le novice de Serrabona).

Les Aspres sont le vaste espace qui, entre la vallée de la Têt et les contreforts du Vallespir, lequel prolonge en plus accidenté et en plus élevé "mes" Albères, fait suite à la plaine du Roussillon quand on se dirige vers l'Ouest; en s'éloignant de la mer, donc...

De Thuir à Prunet et de Llauro à Camélas... Un espace fait de contrastes étonnants, sous une monotone uniformité de façade

Une région apparemment sans histoire; je veux dire dont il est difficile de retrouver des moments clés marquants, dans son passé. Et pourtant, les résidences de la plupart des anciennes familles ou des lieux de pouvoir religieux qui, aux temps féodaux des XII° et XIII° siècles, ont structuré notre région, se situent là: Castelnou, Sainte Colombe, Oms... Nous ne sommes pas passés par ces endroits précis, lors de notre périple avorté; mais nous avons traversé tout l'espace des Aspres. Sur la carte (qui m'est contemporaine) que Patrick a affichée ci-dessus, vous pouvez nous suivre sans difficultés: Tordères, Montauriol (le spectaculaire mas de Pere Manent est même mentionné!), Prunet et enfin Serrabona, à la lisière du Conflent.

J'en ai gardé le souvenir de paysages assez arides, avec quelques forêts épaisses dès que l'altitude monte un peu, mais surtout de maigres bosquets et beaucoup de broussailles. Et soudain, quand on s'approche des villages, apparaissent les espaces cultivés. Avec soin, et le souci constant de dominer les caprices de la terre. La mise en valeur de celle-ci est en effet la principale richesse de cette région. Peu d'eau, pas de mines, peu de passage et de rares voies d'échanges... La région m'a donné l'impression d'un grand isolement!

Que ce soit du côté de Tordères, Camélas ou Montauriol, toujours la même impression d'espace sauvage...Que ce soit du côté de Tordères, Camélas ou Montauriol, toujours la même impression d'espace sauvage...Que ce soit du côté de Tordères, Camélas ou Montauriol, toujours la même impression d'espace sauvage...

Que ce soit du côté de Tordères, Camélas ou Montauriol, toujours la même impression d'espace sauvage...

Cela dit, elle ne se cache pas derrière des faux-semblants! Son nom lui-même annonce la principale impression qu'elle laisse.
Aspres, en effet, vient du latin asper. Qui signifie ... âpre! On ne saurait mieux dire.

Je songeais souvent, en la traversant, aux premiers humains qui s'y sont arrêtés, qui ont commencé à y vivre. C'était au cours du neuvième siècle. Les armées carolingiennes de Charlemagne avaient traversé, sur leur chemin vers l'Espagne, une région quasiment déserte. Les invasions, les menaces de la nature, les épidémies, tout cela avait rassemblé dans les vallées profondes creusées par les rivières descendant de la montagne, les maigres populations n'ayant pas fui vers l'Occitanie les envahisseurs sarrasins, quelques décennies plus tôt. Or comme je vous l'ai dit: il n'y a pas de rivières dans cette région; donc pas d'habitat regroupé.

C'est ainsi dans les Aspres, essentiellement, que les nouveaux maîtres de la province (les Francs carolingiens) développèrent en abondance le système des aprisions.
Ces terres données en pleine propriété à quiconque acceptait de s'y installer et de les cultiver. Nobles, religieux, roturiers libres... Peu importait qui en bénéficiait, pourvu que leur installation fît revivre l'espace. Un système extrêmement efficace pour repeupler ces régions abandonnées, dont il faudra que je vous reparle (le temps de me documenter sérieusement auprès de Francisco)... Il est à la base de la renaissance de toute notre région.

Une charte de donation de terres en faveur d'une abbaye (ailleurs que dans les Aspres, et à la fin du XI° siècle)

C'est en raison de ce peuplement progressif et éclaté que les Aspres, plus que les autres aires géographiques de notre Catalogne du nord des Pyrénées, se caractérisent par la très grande dispersion de petits villages: le relief difficile, et l'individualisme des premiers noyaux de peuplement, ont considérablement morcelé l'implantation humaine initiale.

Et cela dure toujours à mon époque!...

À la vôtre aussi?...

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Enfin la cérémonie de mariage!...

Publié le par Jaume Ribera

Eh bien nous y voilà enfin!...

Après toutes les étapes préalables que je vous ai décrites dans des textes antérieurs, arrive le jour des noces. Les familles sont tombées d'accord sur toutes les modalités financières, et cela a été couché sur papier timbré par le notaire. Ce dernier en a délivré un bel acte que (presque) personne ne sait lire, mais qui ira dans le coffre jalousement fermé où sont rassemblés de nombreux parchemins semblables. Une institution précieuse, ce coffre... Mémoire de la famille, de ses moments importants, de ses droits et obligations... Une véritable mine d'informations, en tous cas. Toutes les familles en ont un; surtout si elles ont quelques biens.

Le livre de raison rassemble tous les moments importants de la famille; il est (aussi) une sorte d'index des actes notariés dont elle dispose

Il ne faut pas croire, toutefois, que ce jour tant attendu est délivré de toutes contraintes. Ni de tout cérémonial, même si beaucoup de mariages ressemblent en réalité surtout à de simples fêtes entre amis.

Le jour de la noce, notamment, est choisi avec attention.
Il y a les interdits religieux, dont il faut s'accommoder.
Par exemple, on ne se marie pas durant la période du Carême; c'est-à-dire pendant les quarante jours précédant la fête de Pâques. Cette période, liturgiquement, est consacrée au recueillement; à la préparation de la Passion et de la Résurrection du Christ. Le jeûne en est une des composantes majeures. Ces semaines ne peuvent pas donner lieu à des festivités et à des réjouissances éloignées de la vie spirituelle.
De même, certains curés veillent à ce que soit respecté le mois de Mai, qui est traditionnellement consacré à la Vierge Marie. Mais d'autres sont sur ce point moins stricts.

Il y a aussi les périodes où ... comment dire... ce n'est vraiment pas commode, car on a autre chose à faire!...
Nous sommes, je vous l'ai souvent dit, une société profondément rurale. La vie des champs a son rythme, qui implique de longues périodes relativement calmes, mais aussi des moments d'intense activité. La saison des moissons, celle des récoltes (notamment, chez nous, les vendanges), celle où on rentre les bêtes et où on se prépare à l'hivernage... Durant ces semaines, il n'est certes pas interdit de se marier; mais est-il opportun de passer une journée en festivités, alors qu'il y aurait tant à faire dans les champs ou alentour?

Et puis il y a les moments qui sont dictés par les impératifs familiaux... Une sœur enceinte qui doit accoucher de façon imminente; un vieil oncle malade; un cousin dont on ne veut pas qu'il soit absent, pour tout un tas de raisons, mais qui habite loin ou se déplace souvent...

C'est pour pallier à toutes ces contraintes de temps que dans certaines régions, m'a raconté Francisco qui en a été très surpris lors de ses voyages de jeunesse, les curés marient plusieurs couples de leurs paroissiens le même jour, une ou deux fois l'an. Par fournées, en quelque sorte.

Mariages collectifs en Bretagne. Une pratique heureusement rare dans nos contrées

Le lieu de la cérémonie, lui, est moins sujet aux hasards des uns et des autres.
Dans la quasi totalité des cas, le mariage se déroule dans la paroisse de la mariée. Si les deux fiancés sont de la même paroisse, c'est simple; mais s'ils sont originaires de deux lieux différents, il faut s'organiser pour loger tout le monde... Ce n'est pas forcément possible tout le temps, et de cela aussi il faut tenir compte.
J'ai eu un jour l'occasion d'apercevoir, au cours d'une de mes tournées dans la montagne, tout un hameau (ou presque) se rendant à une noce, le futur marié ouvrant la marche d'un pas décidé... C'était un cortège à la fois joyeux et un peu solennel.

Le jour venu, le mariage comprend deux temps, bien distincts.

Le premier est inévitable: c'est la cérémonie religieuse. Assez souvent une simple messe, celle du dimanche, au cours de laquelle le curé associe les futurs mariés aux prières de la communauté, et à l'occasion de laquelle il leur fait échanger les anneaux scellant leur union. Dans les milieux aisés, notamment dans les villes, les familles peuvent faire dire une messe spéciale à cette occasion. Mais dans les paroisses rurales, c'est plus rare.

Le deuxième temps est celui des réjouissances entre familles.

Quelques convives seulement, ou plusieurs centaines... Le banquet est un moment fort de la cérémonie des noces
Quelques convives seulement, ou plusieurs centaines... Le banquet est un moment fort de la cérémonie des noces

Quelques convives seulement, ou plusieurs centaines... Le banquet est un moment fort de la cérémonie des noces

Le mariage est une fête; elle doit être célébrée. Un repas, des jeux, des danses, des conciliabules et autres discussions... Comme je vous l'ai déjà dit, l'union se passe entre noyaux familiaux qui, la plupart du temps, se connaissent de longue date. Dans les petits villages, c'est toute la communauté qui est présente. Ce jour particulier est l'occasion d'un moment de détente, d'amitié, peut-être déjà d'approches pour de futures autres unions: il n'est pas rare que des mariages se produisent ensuite, unissant des frères et sœurs du couple initial, ou des cousins... dont les premières modalités auront été discutées lors des noces des aînés.

Tout cela peut durer fort longtemps; même dans les milieux les plus modestes, où on a eu à cœur de réaliser, malgré les difficultés financières, ce qui restera dans les mémoires comme une belle fête...

Reste ensuite aux deux nouveaux époux à débuter leur vie commune; si par extraordinaire ils ne l'avaient pas entamée bien avant!...

Une vie matrimoniale dont je vous parlerai aussi...
En vous demandant, surtout, de ne pas le dire au curé: il est assez sévère sur le sujet!...

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Le Fenouillèdes

Publié le par Jaume Ribera

Vous devez être surpris de me voir aborder un sujet géographiquement aussi éloigné d'Argelès.
D'autant que, vous le savez, le Fenouillèdes est une région dans laquelle je ne suis jamais allé.

Mais c'est Patrick qui a insisté!...

Pourquoi, déjà? Ah oui! Pour vous donner la réponse à la petite énigme qu'il vous a proposée l'autre soir.
Les quatre villages, quelques un(e)s d'entre vous les ont identifiés. Bravo, car moi-même je n'aurais pas su, puisque là non plus, je n'y suis jamais allé.
De gauche à droite et de haut en bas, il y avait donc Calmeilles, Mantet, Saint Paul de Fenouillet et Montner.

Mais Patrick vous avait posé une question supplémentaire: parmi ces quatre-là, s'est caché un intrus. Lequel?
Maintenant que vous avez vu le titre du billet d'aujourd'hui vous avez, je suppose, deviné; c'est Saint Paul de Fenouillet.
Pourquoi? Parce que ce village est le seul parmi les quatre qui n'a pas été transmis au Royaume de France lors du traité des Pyrénées, l'année dernière. En effet, tout le Fenouillèdes (et donc Saint Paul, qui en est en quelque sorte la capitale) appartenait déjà à la France avant 1659.

De Caudiès à Latour de France, et de Sournia à Maury et Prugnanes... Des terres devenues françaises bien avant nous

Cela n'a pas toujours été le cas. Avant le treizième siècle, notre Catalogne, au nord comme au sud des Pyrénées était terre espagnole. Ou plus précisément les seigneurs qui y étaient présents étaient vassaux du roi d'Aragon, le célèbre Jaume I le Conquérant. Entre lui et le roi de France Louis IX, s'est installée une ancienne et forte rivalité. La frontière entre les deux royaumes était incertaine, en raison des fidélités changeantes de tel ou tel seigneur, et en raison aussi des revendications de Jaume et Louis.

Finalement, c'est par un traité, signé en 1258 à Corbeil, que les deux rois définirent ce que seraient leurs zones de domination. Et c'est à ce moment-là qu'en échange de sa renonciation à toutes ses prétentions sur le comté de Barcelone, Louis IX obtint entre autres le Fenouillèdes.
 

Quelques-unes des bornes frontières qui avaient été érigées suite au Traité de Corbeil, devenues caduques depuis celui des PyrénéesQuelques-unes des bornes frontières qui avaient été érigées suite au Traité de Corbeil, devenues caduques depuis celui des PyrénéesQuelques-unes des bornes frontières qui avaient été érigées suite au Traité de Corbeil, devenues caduques depuis celui des Pyrénées

Quelques-unes des bornes frontières qui avaient été érigées suite au Traité de Corbeil, devenues caduques depuis celui des Pyrénées

Et c'est pour cela qu'en 1659, ces territoires voisins de nos paroisses restées catalanes appartenaient déjà à la France, et n'eurent donc pas à changer de nationalité.

C'est cette particularité que Patrick glissa dans les quatre photos qu'il vous a soumises...

J'y ai pour ma part gagné l'envie de vous parler, aussi, de lieux plus éloignés d'Argelès que je l'ai fait jusqu'à présent.
J'espère que vous y prendrez autant de plaisir...

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Les verriers de Palau

Publié le par Jaume Ribera

C'était un artisanat florissant, autrefois.
À moins de trois lieues d'Argelès, la petite paroisse de Palau fut durant plusieurs siècles un lieu réputé pour la production de ses ateliers de verre. Une production peu banale dans nos contrées, qui travaillent plutôt le textile ou le cuir...
Au fil du temps, on a trouvé autour de Palau des éclats ou des morceaux provenant de pièces de verreries fort anciennes, montrant que l'endroit en produit depuis longtemps.
 

Deux éclats et une fiole, trouvés dans le bois de VillaclaraDeux éclats et une fiole, trouvés dans le bois de VillaclaraDeux éclats et une fiole, trouvés dans le bois de Villaclara

Deux éclats et une fiole, trouvés dans le bois de Villaclara

Toutefois, les premiers vrais ateliers de Palau sont apparus au début du XIV° siècle. En effet, dès le dernier quart de ce siècle, plusieurs documents montrent qu'une famille de maîtres verriers, les Xatart, est suffisamment connue, et suffisamment riche, pour honorer d'importantes commandes avec des clients de Perpignan. Preuve que leurs réalisations étaient alors renommées dans la région, et existaient depuis un certain temps.
Il est probable que cet artisanat a été favorisé par le Royaume de Majorque, dont Perpignan était la capitale, et dont je vous ai déjà raconté combien les habitations pouvaient être luxuriantes, à l'image du Palais du roi lui-même.
 

Dans les actes notariés, les fours à verre sont mentionnés pour indiquer la position d'un terrain

Mais pourquoi à Palau??? Parce que la fabrication du verre a besoin de deux matières premières: le sable, et le bois. Or tout près de Palau, le sable est charrié en abondance par le cours du Tech, qui est parfois suffisamment tumultueux pour en détacher d'importantes quantités du fond de la rivière; et on a longtemps trouvé beaucoup de bois dans l'antique forêt de Berchale, à peine plus loin, dont je vous parlais l'autre jour. Il est d'ailleurs probable que la fabrication du verre est avec l'augmentation des champs une des causes qui ont commencé à détruire cette forêt.

Durant un peu plus de deux siècles, les verriers de Palau ont assuré à la paroisse une réelle richesse. Laquelle, à son tour, a rejailli sur les cités voisines. C'est ainsi que l'importante foire des saints Cosme et Damien, qu'Argelès organise depuis fort longtemps à la fin du mois de septembre, offre plusieurs échoppes proposant toutes sortes de verreries, utilitaires ou décoratives.

Et puis soudain, au cours du siècle dernier (le seizième, donc, je précise pour vous, qui vivez bien plus tard), tout s'est arrêté. Presque brutalement. On ne trouve plus trace de ces maîtres verriers qui avaient occupé durant des décennies les principales fonctions de notables dans la paroisse (batlles, consuls...). Les épidémies de la fin du siècle précédent, sans doute; la raréfaction de la matière première, aussi; également la concurrence des verres provenant d'ailleurs, notamment d'Italie, qui surpassèrent vite les nôtres par leur qualité.

En tous cas, lorsque je suis allé plusieurs fois à Palau, lors de l'enquête sur les anges de Saint Genis, il n'y avait plus le moindre souvenir de ce luxueux artisanat.
Sauf le nom de la paroisse elle-même. Vers le milieu du quinzième siècle en effet, Palau est devenue Palau del Vidre, vidre signifiant verre en catalan.
Et sauf quelques souvenirs artistiques. De nos jours, il existe au moins deux témoignages de cette période faste. Ils ont été peints dans deux magnifiques retables, qui ornent l'église paroissiale de Palau. Tous deux ont été commandés par des maîtres verriers de l'époque (à la moitié du quinzième siècle). Et tous deux font référence, même indirectement, à ce rôle majeur du verre dans la culture de la paroisse.

La frise inférieure du retable de Saint Michel Archange montre une pince de verrier dans les mains de Sainte Apolline, à gauche; et à droite: saint Raphaël et sainte Claire, protecteurs contre les maladies des yeux, dont souffraient principalement les verriers en raison des oxydes qu'ils manipulaient

Et plus discrètement, dans le coin inférieur de gauche du retable de Saint Jean, quelques détails nous donnent une idée des réalisations fabriquées dans les ateliers palauencs.
 

Quelques fioles, qu'on imagine contenir des onguents et des lotionsQuelques fioles, qu'on imagine contenir des onguents et des lotions

Quelques fioles, qu'on imagine contenir des onguents et des lotions

Patrick me dit qu'à votre époque, à Palau, ce passé verrier est ranimé par des artisans venus s'installer sur place.

C'est heureux, que la mémoire de ce passé puisse revivre...

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Un nouveau silence...

Publié le par Patrick Dombrowsky

Non, rassurez-vous, ni Jaume, ni moi ne vous avons oubliés...

D'ailleurs, je suis sûr qu'au fond de vous-mêmes, vous le savez et n'êtes pas vraiment inquiets. Frustrés de ne pas nous lire plus souvent, peut-être, mais sans doute pas inquiets.

Toutefois les aléas de la vie quotidienne, parfois plus prenante qu'on le voudrait; toutes les informations que Jaume m'envoie sur la nouvelle enquête qu'il vient de mener, afin que j'en prépare le récit; les recherches qu'il faut accumuler autour de cette enquête pour bien vous en resituer les péripéties (dans quel pétrin s'était-il encore fourré!...)...
Tout cela est très vorace en temps.

Il y a donc des moments, hélas plus fréquents et plus longs que je le voudrais, où ce blog reste silencieux.

Mais c'est pour mieux pouvoir repartir!...

Et pour me faire pardonner, je vous propose un nouveau petit quiz!...
Un peu sur le même principe que le précédent: quatre clichés, quatre villages; je ne donne pas leur nom: il faudra les reconnaître...
Il y a un intrus...

Lequel, et pourquoi?

Un nouveau silence...Un nouveau silence...
Un nouveau silence...Un nouveau silence...

Bonne cogitation! La réponse dans quelques jours...

Un indice?
Jusqu'à présent, Jaume ne s'est rendu dans aucun de ces villages.

Publié dans De la part de Patrick

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Bois et forêts ... disparus

Publié le par Jaume Ribera

Je sais que pour vous, la plaine du Roussillon n'est qu'une vaste étendue dépourvue de végétation.
Je m'explique: bien sûr, il y a les cultures, les vignes, les champs. Il y a aussi (surtout, me dit Patrick) les multiples arbres, buissons, taillis, qui ont été plantés autour des innombrables maisons que votre période moderne a construites un peu partout.

Mais des bosquets, des bois, et encore moins des forêts, il n'y en a plus... Ou quasiment plus. Alors qu'ils sont encore si nombreux, à mon époque.

Entre Argelès et le Réart, les champs et les cultures ont remplacé les étendues boisées

Sur les pentes des Albères, il en va autrement. Je dirais même que c'est le mouvement inverse qui s'est produit: à mon époque, il y a de nombreuses cultures, champs, zones défrichées sur les versants de la montagne. Et au fil des décennies, notamment à votre époque, ces zones ont peu à peu disparu, et la nature a repris ses droits.

C'est pourquoi je voudrais aujourd'hui vous parler des bois et forêts qui occupent une partie de notre environnement.
La présence boisée, y compris dans la plaine du Roussillon, a longtemps été très importante.

La forêt de la Massane, au-dessus d'Argelès, est certes d'altitude moyenne, mais est révélatrice de ce que fut jadis la forêt méditerranéenne du Roussillon

C'est vers le onzième et le douzième siècles que les villages ont commencé à défricher, déboiser les espaces qui les entouraient, afin de pouvoir y étendre champs et cultures. Mais beaucoup d'étendues boisées ont subsisté dans notre région, dont certaines se rétrécissent petit à petit.

Au moment où je vous parle, et si je me limite à l'espace qui est le plus proche d'Argelès (disons entre Argelès et Perpignan), il y a trois grandes zones de bois qui subsistent (et dont Patrick me dit qu'elles ont disparu depuis longtemps, à votre époque).

Le cours du Tech, tout d'abord. En raison de la présence d'eau, les rivages de la rivière sont plantés d'arbres sur une distance parfois assez large. Tout le long du Tech, il y a ainsi une bande arborée de saules, d'ajoncs, de roseaux, qui sont parfois tellement imbriqués que le passage n'est guère aisé. Et comme bien sûr, sauf par quelques barques, la rivière n'est pas navigable, il n'y a pas de chemin de halage...

Au sud de la rivière, une série de bois se succèdent au fur et à mesure que l'on avance à l'intérieur des terres. Les deux Tatzo (d'Avall et d'Amunt) sont ainsi totalement enserrés dans des bois de chênes, de hêtres, mêlés de buissons d'épineux divers. Il en est de même pour Vilaclara, dont je vous ai déjà parlé et où je me suis rendu plusieurs fois lors de l'enquête sur les anges de Saint Genis. Puis autour de ce dernier village, le bois de Vernede s'étend jusqu'aux premières pentes des Albères... Même son nom a fini par disparaître, à votre époque.

Enfin, au nord du Tech, une bande plus ou moins boisée longe la côte, la séparant des paroisses alentours: Latour, Saint Cyprien, Alenya... C'est un peu le même type de végétation sauvage que nous rencontrons entre Argelès et la mer. Avec moins de marécages, toutefois.

Surtout, dans ce même espace, existait jusqu'à il y a peu les derniers vestiges d'une forêt millénaire: le Bercol. Aux temps romains, elle s'appelait Berchale, et couvrait tout l'espace qui s'étend entre Elne, Villeneuve, Bages et Ortaffa. En fait, tout ce qui sépare les cours du Tech et du Réart.
Je n'en ai connu, durant mes jeunes années, que les quelques derniers arpents, près de Corneilla.

Les derniers vestiges de la forêt millénaire de Berchale

On finit de les arracher, pour étendre encore les espaces cultivés. La richesse agricole de la région y gagnera (peut-être) ce que le pittoresque de ces forêts y a perdu. Je n'y allais pas très souvent, car comme je vous l'ai déjà dit traverser le Tech est comme entrer dans un autre monde, pour nous Argelésiens. Mais je me souviens que cette forêt très ancienne offrait une grande variété d'essences, dont certains arbres (il y avait beaucoup de chênes) étaient particulièrement majestueux.

Cette forêt aujourd'hui entièrement détruite nous a laissé toutefois un témoignage de sa présence, qui durera durant les siècles à venir. Le petit village de Corneilla, en son centre, étape sur la route qui vient de Perpignan et se dirige vers l'Espagne, lui a emprunté son nom.

C'est votre Corneilla del Vercol...

Publié dans Ma région

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