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Les mendiants

Publié le par Jaume Ribera

La société dans laquelle je vis n'est pas une société riche, c'est le moins que l'on puisse dire. Et les nombreuses années de guerres que nous venons de traverser n'ont certes pas arrangé cet état de choses! Pour autant, et contrairement à une idée fausse assez largement répandue à votre époque, ai-je compris, nous ne vivons pas dans des conditions misérables.

Il en est pourtant, parmi nous, pour lesquels l'existence est particulièrement difficile: les mendiants, qui vivotent n'importe où et de n'importe quoi. Ils sont souvent vagabonds, errant de paroisses en paroisses, au gré des saisons et du temps qu'il fait.

La plupart du temps, ils ne sont pas nés dans cette situation miséreuse. Les accidents de la vie les y ont plongés. Il y a tant de raisons pour lesquelles on peut tout d'un coup se retrouver sans rien!
Une maladie, une blessure, une infirmité, et il devient soudain impossible de travailler, de gagner sa vie. Si cela dure, voire si les séquelles sont irréversibles, le malade, le blessé, l'infirme se retrouve définitivement sur le bord de la route.

Les mendiants les plus usuels, ceux que la vie a tellement abîmés qu'ils ne peuvent plus faire quoi que ce soit

Plus rarement, l'entrée dans la misère peut survenir parce que le malheureux est banni de son environnement: un cadet chassé du domicile familial par ses frères aînés lors de la mort du patriarche; un malheureux qui a peu à peu accumulé des dettes et dont tous les biens sont saisis; une veuve chassée par la parentèle de son défunt mari... Que sais-je encore? Il serait vain de chercher à incriminer telle ou telle responsabilité.
Ils se retrouvent tout d'un coup, sans même assez de ressources pour pouvoir partir sur les chemins de l'exil. Et restent donc sur place, sombrant dans la déchéance sociale, et devenant de simples mendiants.

Cela dit, et Patrick me dit que c'est une assez grande différence avec votre époque, le mendiant ne devient pas un membre totalement isolé de notre communauté. Il ne se retrouve pas éjecté de celle-ci.

D'abord, parce qu'il y a une forme de solidarité entre mendiants. Bien sûr, je ne suis pas assez naïf pour ignorer les bagarres, les rivalités de territoires, les querelles autour du partage d'un bout de nourriture trouvé par hasard...
Mais l'isolement total n'existe pas; ou du moins, il est rarissime. Et si dans une petite communauté (un petit village, par exemple), se trouve un mendiant, là-bas dans une vieille grange en ruine, tous les habitants le connaissent. Il existe au sein de l'ensemble social. Il n'est pas rayé de la surface de la terre...

Cela explique que certains mendiants conservent, parfois, une sorte de vie de famille... Et même, et cela arrive moins rarement qu'on pourrait le penser, qu'ils aient un enfant!

Une famille de mendiants, unis par le hasard pour ne pas rester seuls


On remarque d'ailleurs que celui-ci ne vivra pas forcément la même vie que ses malheureux parents. La plupart du temps, parce qu'il aura été abandonné auprès de telle ou telle institution religieuse (je vous ai parlé de ces abandons de nouveau-nés, hélas trop fréquents). Qui lui offrira le statut social que ses parents ne pouvait pas lui transmettre.
Mais parfois, parce que de petit travail en petit travail, il réussira peu à peu à s'insérer au sein de la société.

Là est un rôle majeur, et souvent oublié quand vos temps futurs étudient le mien, de nos curés: veiller à toujours maintenir le mendiant au sein de la communauté. C'est pour cela que le curé, assez fréquemment, prend le temps de rédiger un testament quand un de ces miséreux approche du terme de sa pauvre vie. Quitte à écrire, cela s'est vu, que le testateur n'a pas assez de biens pour qu'ils soient légués à quelqu'un d'autre qu'à Dieu!
Mais le testament est fait, et il est même transmis pour enregistrement au notaire pour lequel travaille le curé. Parce que même le plus misérable est un être humain, et qu'à ce titre il mérite d'être reconnu comme tel.

Même s'il n'a rien; même s'il ne peut plus participer aux travaux collectifs; même si son existence n'a plus, en apparence, la moindre utilité sociale.

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Guifré el Pelos: le premier chef catalan

Publié le par Jaume Ribera

Cela fait un moment que je vous promets de vous parler de celui qui est considéré comme le fondateur de ce que vous appelez à votre époque la nation catalane...

Celui qui, veut la légende, a indirectement fondé notre drapeau: le roi franc de l'époque Charles le Chauve aurait voulu remercier la bravoure d'un chef local ayant combattu à ses côtés en barrant de quatre bandes ensanglantées un bouclier d'or pour en faire son blason. Oublions le fait que le roi Charles n'a jamais mis les pieds dans notre région; oublions aussi le fait qu'il fallut attendre deux ou trois siècles supplémentaires pour donner des armoiries aux familles nobles!... La légende est belle!

Ce qui est vrai, en revanche, est l'incontestable ascension d'une famille conflentoise parmi toutes celles sur lesquelles le pouvoir carolingien s'appuya pour réorganiser la région. Qui est-elle? Pas de patronyme, bien sûr, à l'époque. Juste un lien avec la terre d'origine. En l'occurrence, Arria, devenu depuis Ria, à proximité de Prades, la capitale du Conflent.

Il ne reste rien, à votre époque, de ce château où tout démarra. Pourtant, il est toujours débout de mon temps!

Le seigneur du lieu, depuis 820 environ, était un certain Sunifred, qui cumulait les titres de comtes d'Urgell et de Cerdaña, avant d'étendre ses possessions à Gerona, Barcelone et même Narbonne à partir de 844. Il était issu d'une famille wisigothique locale, sans qu'on puisse déterminer avec certitude de laquelle. Mais peu importe. Car il est probable que toutes ces familles étaient généalogiquement très liées. Entre autres enfants, Sunifred avait un fils plus actif que les autres (qui restèrent dans son ombre durant toute leur vie): Guifré.

Un vrai chef guerrier, né aux alentours de 837-838 (il n'était pas l'aîné). Un combattant, qui ne tarda pas à regarder bien au-delà de son village d'origine, puisqu'on le retrouve à la tête des fiefs de son père dès 870, puis principal seigneur de toute la Catalogne dès 878. Pendant presque vingt ans, Guifré organisa l'ensemble de ses possessions, au début pour le compte des rois carolingiens, puis de plus en plus pour celui de sa dynastie familiale.

Il permit en effet la renaissance socio-économique d'une région qui avait été longtemps dévastée par les incursions sarrasines et par les révoltes locales. C'est notamment à son œuvre qu'on doit l'achèvement du repeuplement de nos vallées montagnardes, qu'avait impulsé le pouvoir carolingien. Pour réussir cela, Guifré s'appuya sur l'Église, dont plusieurs dignitaires locaux appartenaient à sa famille. Plusieurs abbayes, et plusieurs églises paroissiales que nous connaissons aujourd'hui ont été fondées à son époque. Ces lieux jouèrent un rôle essentiel pour stabiliser ces terres neuves.

Ayant connu son ascension du pouvoir par les armes, Guifré mourut par les armes. Il n'avait pas totalement réussi à s'émanciper de ses suzerains carolingiens, et devait donc assurer pour eux la sécurité de la frontière méridionale de leur empire. La menace de plus en plus pressante sur le comté de Barcelone du seigneur musulman voisin, Llop ibn Muhammad, l'obligea à une nouvelle guerre. Elle fut fatale à Guifré, tué par une lance le 11 août 897 du côté de l'actuelle Valencia.

Sa légende pouvait naître, portée par ses nombreux descendants, qui assurèrent la domination de sa dynastie durant plusieurs siècles sur toute la région.

La tombe d'el Pelos, située dans le monastère de Ripoll

Au fait: pourquoi el Pelos? Peut-être parce qu'il avait de longs cheveux. Ou peut-être, comme le veut la tradition, parce qu'il était doté d'une importante pilosité sur tout le corps.

Je vous laisse choisir...

Publié dans Ma vie

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Les étangs côtiers

Publié le par Jaume Ribera

Lorsque je demande à Patrick de me décrire le paysage que vous, vous connaissez pour notre région, il commence par prendre l'air embarrassé. Puis, avec beaucoup de précautions, un peu comme s'il voulait m'épargner, il me parle des villes immenses, des constructions partout, de la concentration massive au bord de la mer... Il m'en parlait l'autre jour, quand je l'ai soudain interrompu.
-- Comment ça, au bord de la mer? Et les étangs et les marécages, alors?

Et là: silence! Pas de réponse. Jusqu'à ce qu'il finisse par me dire, à contrecœur, que des marécages il n'y en a plus, et que les étangs ont presque tous disparu.

Pour dire le vrai, la plupart des grandes étendues d'eau qui s'échelonnaient le long de la mer ont déjà disparu, à mon époque. Elles étaient le reste de ces temps extrêmement lointains dont je vous ai parlé, durant lesquels la mer pénétrait bien plus avant qu'aujourd'hui dans les terres. Tout le long de la façade maritime, existaient donc des étangs plus ou moins vastes: en Salanque, à Canet, à Cabestany, vers Bages, entre Saint Cyprien et Argelès... et j'en oublie sûrement.

L'étang de Saint Nazaire, l'un des rares à subsister à mon époque

Ce sont les moines templiers qui, aux XI° et XII° siècles, ont décidé d'assécher ces étangs. Leur objectif était double.
Dans un premier temps, ils supprimaient des espaces d'eaux souvent insalubres, peu profondes donc stagnantes, où pullulaient moustiques et insectes propageant des maladies diverses...
Dans un deuxième temps, ils agrandissaient la superficie des terres cultivables, dont bien sûr ils avaient obtenu la propriété en échange de leur assèchement. Et dont ils profitèrent ensuite des revenus. Lorsque les Templiers furent éliminés, ce sont (dans notre région) les moines de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem qui leur succédèrent, et qui achevèrent ces vastes travaux de suppression des étangs.

À mon époque, il ne reste que quatre vestiges de toutes ces étendues d'eau.

- tout au nord de la région, à cheval sur l'ancienne frontière d'avant le traité de 1659, l'immense lac de Leucate. Je n'y suis jamais allé, mais Francisco qui l'a longé en revenant d'Italie l'an dernier m'a raconté qu'il est le plus profond et le plus riche en flore et en faune (notamment de nombreuses colonies de flamands roses) de toute la région.

- l'étang de Saint Nazaire, plus près de ma cité argelésienne. Il est beaucoup plus étendu à mon époque qu'à la vôtre.

À mon époque et à la vôtre: réduit, mais pas disparu...À mon époque et à la vôtre: réduit, mais pas disparu...

À mon époque et à la vôtre: réduit, mais pas disparu...

Pourquoi n'a-t-il pas été totalement asséché, comme presque tous les autres? Parce qu'il y a très longtemps (au milieu du XIII° siècle), le seigneur de Canet en avait cédé les droits de pêche aux habitants de son village. Des marais salants avaient même été établis dans la partie proche des graus, ces étroits goulets qui relient l'étang à la mer. Ces activités furent suffisamment porteuses de ressources pour préserver l'existence de l'étang.

- Plus dans l'intérieur des terres, il existe un dernier étang à Villeneuve de la Raho. Si j'en crois ce que m'a raconté Patrick, il a une curieuse histoire, celui-ci. Assez vaste et profond de mon temps, il a fini par être délaissé et toute exploitation abandonnée à partir de ses eaux. Donc, environ deux siècles après mon temps, il a été à son tour asséché. Et puis, inconséquence ou nécessité des hommes, encore un siècle plus tard il a été à nouveau mis en eau. Vous le connaissez donc, mais je gage que ses abords sont bien plus salubres que de mon temps...

- Enfin, il y a les marécages!... Je ne vais pas me lancer, à leur sujet, dans une liste exhaustive qui serait longue, lassante à lire, et de toutes façons incomplète, tant ils sont nombreux. Nous en avons un, à Argelès, entre les murailles de la cité et la mer.

Qui pourrait penser que l'eau, traîtresse, gorge tous ces sols herbus?

Ce n'est pas un marécage permanent, et de nombreux jardins ont vu le jour, ici ou là, au milieu des eaux stagnantes et boueuses. Mais ce n'est pas une zone très agréable, même si moi j'aime bien la traverser lorsque je pars rêver au bord de la mer.
Il faut toutefois être très prudent: le sentier se perd vite sous quelques pouces d'eau... Et si on n'y a pas pris garde, ou si la malchance veut qu'on trébuche juste à ce moment-là, c'est la mort assurée...

Publié dans Ma région

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Sorède

Publié le par Jaume Ribera

Géographiquement, Sorède est l'une des paroisses les plus proches de ma cité d'Argelès. Et pourtant, les liens ne sont pas vraiment étroits entre nos deux communautés. Hormis quelques mas, situés à l'entrée ou le long de l'étroite vallée qui monte vers la Pava et Lavall, il n'y a guère de liens entre nous. Pourtant, si j'en crois Francisco, le village est aussi ancien que le nôtre: il est cité dans des actes dès le IX° siècle, à l'époque où s'est enfin regroupé et stabilisé au pied des Albères un habitat jusqu'alors éparpillé.

Deux cités voisines au pied de la chaîne des Albères

Mais il est vrai que Sorède a une particularité, en notre pays catalan: ses seigneurs sont une famille française. Et ce, bien avant le traité de 1659. Alors que tous les seigneurs locaux sont catalans (du nord ou du sud des Pyrénées, peu importe...), le jeu des alliances successives a transmis la seigneurie de Sorède dans les mains d'une famille qui ne l'était pas. Il s'agit des seigneurs de Foix et de Béarn, alliée d'assez loin à la famille royale française.
Durant le dernier quart du XV° siècle, un Guillaume de Foix et Béarn fut possessionné de plusieurs terres en Roussillon par son frère Jean. Il est probable que ce Guillaume était un fils bâtard de leur père, mis ainsi à l'écart du noyau familial. Lui et ses descendants se sont certes installés à Perpignan et dans leurs propriétés voisines. Mais ils ont toujours été considérés comme français, et pas catalans. Même si le rameau familial prospéra. Et si c'est le mariage d'Ange de Foix et de Béarn (grand-père de l'actuel chef de famille) avec l'héritière de la seigneurie de Sorède qui fit entrer cette terre dans la famille, où elle est toujours.

Sorède n'est pas un village très grand, et ses possessions dans la plaine ne sont pas significatives: il est coincé entre l'importante seigneurie de Laroque et la cité d'Argelès, bien mieux située et plus dynamique. C'est en montagne, sur les flancs des Albères, que les possessions du village sont importantes. Le territoire de Sorède contrôle tout le versant irrigué par les rivières de la Maçana et de la Resclosa, avec leurs multiples affluents de montagne. Et les hameaux de la Pava et de Lavall, que je vous ai déjà présentés.

Dominé par les montagnes, un village traversé par un torrent capricieuxDominé par les montagnes, un village traversé par un torrent capricieux

Dominé par les montagnes, un village traversé par un torrent capricieux

C'est un paysage de forêt souvent impénétrable, très riche en faune et en essences diverses. Moins cultivées que celles qui dominent Argelès, ces terres ont moins contribué à la prospérité du village qui est donc constamment resté dans l'ombre de ses voisins.

De plus, contrairement à ses voisins Saint André et surtout Saint Genis, Sorède n'a jamais été le lieu d'implantation d'une communauté religieuse. Son église est restée une simple église paroissiale, vouée à Saint Assiscle et Sainte Victoire, et plusieurs fois détruite et reconstruite. Patrick me dit d'ailleurs que celle que je connais n'est pas celle de votre temps: de nouvelles destructions ont affecté l'endroit, me dit-il sans vouloir entrer dans les détails.
Ce qui souvent chez lui signifie que je serai peut-être témoin de ces événements...

La vraie gloire de Sorède, finalement, est le très ancien château d'Ultrera, dont je vous ai déjà parlé. Il est la principale propriété des actuels seigneurs, dominant toute la plaine qu'il servait à contrôler, lors de son édification.

Mais lui aussi, paraît-il, est voué à disparaître. N'en aurions-nous pas fini avec les drames et les destructions?
Sorède et ses environs seraient-ils appelés à être l'objet de sombres rivalités?

Publié dans Ma région

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Le Vallespir

Publié le par Jaume Ribera

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas parlé d'une des régions qui composent notre Catalogne située sur le versant septentrional des Pyrénées.

Le Vallespir est l'espace qui prolonge les Albères le long de la nouvelle frontière avec l'Espagne. Il suit le cours du Tech, jusqu'à ce que les pentes du massif du Canigou constituent le point de jonction avec le Conflent.

Une région toute en longueur, aux multiples particularismes locaux

De Céret à Prats de Mollo, et de Montferrer à Lamanère, la région s'étire comme un long ruban, encaissée entre le versant pyrénéen au sud et les contreforts du massif du Canigou au nord. Au centre, coule le Tech. La rivière n'a rien du large cours d'eau finalement assez paisible qui vient finir sa course dans la mer, entre Argelès et Elne.

De plus en plus large, de plus en plus paisible...De plus en plus large, de plus en plus paisible...De plus en plus large, de plus en plus paisible...

De plus en plus large, de plus en plus paisible...

Elle est longtemps un simple torrent de montagne, qui s'enrichit progressivement des affluents qui la rejoignent. Mais comme la pente est forte, et que les bords sont encaissés, le cours du Tech est très capricieux, et donne parfois lieu à de spectaculaires crues, très destructrices.
C'est pour cela que dans le Vallespir, nombreux sont les villages perchés, hors d'atteinte des flots parfois en colère. Alors que la logique, et la sécurité des habitants, auraient voulu que les habitations fussent cachées au fond des vallées, ce n'est pas le cas pour tous les villages, et je dirai même pour la majorité d'entre eux.

Bien sûr, il y a des exceptions. Et aussi bien la grande ville du Vallespir qu'est (à mon époque) Prats de Mollo que les Bains d'Arles, plus en aval (ce petit hameau s'appelle Amélie, pour vous) se sont édifiés sur le cours de la rivière. Mais même dans ce cas, ces villages soit se sont fortifiés contre elle, soit ont été construits sur des rochers en hauteur, pour mieux se préserver de ses colères soudaines, que nous appelons les aïguats. Patrick me dit d'ailleurs que le plus récent (pour vous) de ces phénomènes brutaux a complètement détruit le village du Tech (qui porte le même nom que la rivière), et qu'il a fallu le reconstruire.

Le village du Tech, avant / après les inondations de 1940. Nul doute que de tels désastres se produisirent aussi aux temps anciensLe village du Tech, avant / après les inondations de 1940. Nul doute que de tels désastres se produisirent aussi aux temps anciens

Le village du Tech, avant / après les inondations de 1940. Nul doute que de tels désastres se produisirent aussi aux temps anciens

Contrairement aux Aspres, dont je vous ai parlé, le Vallespir est une région fortement boisée, et couverte de végétation. La moyenne montagne qui la recouvre presque entièrement l'explique. L'humidité des très nombreux torrents et cours d'eau descendant des sommets environnants aussi.
Mais à mon époque, c'est une région qui est encore assez pauvre, même si elle se redresse peu à peu. Elle a été très touchée par les épidémies qui ont marqué le siècle qui m'a précédé (le seizième), et qui ont entraîné une disparition totale de la population dans certaines vallées. En effet, comme il n'y a pas beaucoup de richesses agricoles à espérer d'un sol trop caillouteux pour être facilement exploitable, ceux qui survécurent sont souvent partis chercher des lieux plus hospitaliers, soit dans la plaine, soit plus loin en Catalogne.

L'espace, donc, devait être repeuplé. Ce fut la chance du Vallespir, qui devint durant les trois ou quatre dernières décennies de ce même seizième siècle le point de refuge de tous ceux qui, en Limousin, en Béarn, en Comminges, en Rouergue... fuirent les conflits religieux entre catholiques et protestants qui ravagèrent tout le sud de la France. La couronne espagnole eut l'intelligence de leur céder généreusement d'importantes terres, à condition qu'elles fussent mises en valeur par ces nouveaux arrivants. De véritables fiefs familiaux, peu à peu, se constituèrent, dont un des plus remarquables est celui de la famille Trescases (venue du Béarn) à Cos, entre Le Tech et Montferrer.

Contrairement aux Aspres (et même au Fenouillèdes), c'est toutefois toujours à l'abri d'une végétation dense et protectrice que se produit le lent renouveau du Vallespir. Une végétation qui contribue pour beaucoup au charme et aux mystères de cette région...

Que se passe-t-il, à l'ombre de ces chênaies?...

 

Publié dans Ma région

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Un an!...

Publié le par Patrick Dombrowsky

Ehhh oui!...

Cela fait déjà un an que j'ai cédé à l'insistance de Jaume, et qu'est né ce blog à quatre mains. Une expérience d'écriture que j'ai découverte au fur et à mesure qu'elle se développait, après quelques temps de tâtonnements.

Encore beaucoup d'anninversaires de ce type!...

365 jours plus tard, avec 140 articles au compteur (celui-ci est le 141°), le blog a reçu un peu plus de 3700 visiteurs uniques (selon la terminologie habituelle de ce genre de décomptes), qui ont visité 7903 pages. Des chiffres qui, au-delà de l'aridité de la statistique, montrent qu'il y a désormais un public fidèle pour les textes de Jaume Ribera.

Pour parler franchement, je ne pense pas qu'on puisse parler de raz-de-marée. Mais ce n'était pas non plus mon objectif.
Il s'agissait surtout pour moi (pour nous!...) de vous raconter notre terre catalane telle qu'elle était au moment où l'Histoire l'a intégrée dans le royaume français, après 1759. Ses structures sociales, ses modes de vie, ses lieux, la mémoire de son histoire locale...

Si vous prenez autant de plaisir à (re)découvrir tout ceci que nous en prenons à vous le raconter, le pari entamé il y a un an aura été pleinement réussi.

Et maintenant?

Quels sont les défis que cette deuxième année devra relever? Allez! Limitons-nous à trois, ce ne sera pas si mal...
    - Un peu plus de régularité dans les écrits, avant tout. Il y a eu trop de périodes de longs silences durant les douze mois écoulés. Suivies parfois de successions d'articles rapprochés. Il faudra mieux gérer le temps, à l'avenir.
    - Élargir le domaine d'investigation, aussi. Il n'y a pas qu'Argelès et ses alentours, dans les terres catalanes de 1660!... J'espère pouvoir vous emmener à la découverte d'endroits plus lointains, en Vallespir, dans les Aspres, en Conflent et pourquoi pas jusqu'en Cerdagne. Plus loin encore? Pourquoi pas?
    - Donner la parole à d'autres acteurs, peut-être aussi. Jaume se réfugie toujours dans le silence, quand je lui en parle. Mais je vois bien qu'il est tenté. Après tout, Francisco, Athanase, Emanuel... et bien sûr Sylvia sont importants dans sa vie.
Leur vision de certains sujets pourrait utilement enrichir ce blog, en diversifier la tonalité.

Et surtout, sans doute avant la fin de l'année, il faudra accueillir un nouveau roman.
Jaume y a fait allusion, dans quelques-uns de ses derniers textes. Il a mené une nouvelle enquête, récemment. Il m'a raconté ces circonstances où, une fois de plus, il s'est mis en danger. Et je suis en train d'en rédiger le roman.
Lentement, comme d'habitude. Trop, sans doute, au goût de certains (dont Jaume lui-même). Mais la recherche d'un texte bien fait n'est pas compatible avec la précipitation...

Des idées pour l'avenir, il y en a. L'envie de continuer, elle est là.
Il ne reste plus qu'à aller au devant de vos attentes. Et donc pour vous à ne pas hésiter à vous manifester, à solliciter, à raconter, à proposer... Afin que ce blog ne soit pas qu'un long monologue, mais un véritable échange autour de ce pays catalan que nous aimons tous tant.

Feliç aniversari a aquest lloc d'amistat

Publié dans De la part de Patrick

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Le Réart

Publié le par Jaume Ribera

C'est une rivière étrange, que le Réart!...

Une rivière qui me poursuit, si j'ose dire. Vous vous souvenez qu'à l'automne dernier, Francisco, Sylvia et moi avons quitté Argelès pour un long voyage devant nous amener dans la plupart des grandes abbayes de notre région, où nous souhaitions explorer leurs bibliothèques d'ouvrages médicaux. Voyage qui finalement fut interrompu dès Serrabona, pour la raison que connaissent tous ceux qui ont lu Le novice de Serrabona, récit de l'enquête que j'ai dû y mener.

Une de nos premières étapes fut un bien étrange mas, au-dessus de Montauriol: le mas d'en Manent. Francisco espérait y retrouver un de ses amis de jeunesse, et comme il était temps de nous restaurer, nous avons fait le détour... Non loin de ce mas, coule un petit ruisseau sans prétention, émergeant soudain d'entre les roches schisteuses, au pied de grands arbres. Les gens des alentours l'appellent el correc de Bertra. Un Bertrand, jadis, a dû avoir un rapport avec ce ruisseau, ou avec la terre où il prend sa source.
Si je dis qu'il me poursuit, ce ruisseau, c'est parce qu'il y a quelques semaines, lors de ma dernière enquête (celle que Patrick est en train de rédiger à partir de mon récit), je l'ai retrouvé. Près de Cabestany, où m'appelaient certains événements. Il n'était plus le petit correc presque timide que j'avais deviné au son cristallin que nous avions perçu en approchant de can Manent. Après avoir changé de nom plusieurs fois, au gré des villages traversés (correc dels Hostalets, ribera de la Galserana), il devient enfin le Réart lorsqu'il est définitivement entré dans la plaine du Roussillon, entre Fourques et Villemolaque.

Peu après le village de Fourques, au milieu de nulle part, le Réart naît enfin...

J'ai beau le connaître depuis plusieurs années, puisque la voie qui mène d'Argelès à Perpignan le traverse, et que j'y passe régulièrement, je n'y avais jamais vraiment prêté attention, avant ces dernières semaines. Et pourtant, cette rivière est vraiment différente de celles que nous avons près de notre cité (la Massana, le Tech, et bien sûr tous les cours d'eau de montagne). Ceux-ci coulent entre de hauts buissons, voire de véritables haies d'arbres. Leur lit est bien marqué ente les rives assez rapprochées.

Il n'en est pas de même en ce qui concerne le Réart.

 

Une rivière au parcours parfois difficile à cernerUne rivière au parcours parfois difficile à cernerUne rivière au parcours parfois difficile à cerner

Une rivière au parcours parfois difficile à cerner

Le sol des terres dont il descend, schisteux, est en effet plus friable que celui du Vallespir ou des pentes des Albères. Les eaux parfois tumultueuses, lorsqu'il pleut en abondance, arrachent de gros galets, voire quelques rochers. Le fond de la rivière, donc, est beaucoup plus caillouteux que celui des rivières voisines. Et comme le sol est très perméable, dans cette partie de la plaine, le débit de la rivière est très faible. Elle est même souvent à sec, dévoilant le tapis de cailloux qui la caractérise. Ces pierres charriées ont pour conséquence de creuser les rives et d'entraîner leur éboulement. Le lit du Réart est ainsi bien plus large que nécessaire, par rapport à son faible débit.
La principale conséquence en est que, faute de berges suffisamment solides pour contenir sa fougue, il arrive assez fréquemment au Réart de déborder en crues assez dévastatrices, pour les cultures et les habitations. Le hameau de Saleilles, qui en est proche, en fait régulièrement la cruelle expérience.

Des inondations d'autant plus spectaculaires qu'il n'y a là aucun reliefDes inondations d'autant plus spectaculaires qu'il n'y a là aucun relief

Des inondations d'autant plus spectaculaires qu'il n'y a là aucun relief

Tout cela ferait déjà de cette rivière un étrange cours d'eau, par rapport à ceux que l'on rencontre dans la région.

Mais il a deux autres particularités, qui le distinguent définitivement.

Contrairement aux autres, il ne finit son trajet ni dans une autre rivière dont il serait l'affluent, ni même dans la mer vers laquelle il se dirige pourtant. Non. C'est dans le vaste étang de Canet qu'il termine sa course, contribuant ainsi à alimenter l'un des derniers vestiges de ces temps très anciens où la mer avançait bien plus profondément qu'aujourd'hui dans la plaine roussillonnaise.

Enfin, le Réart est une rivière aurifère!... Mais si! Les terres des Aspres, dont lui et la plupart de ses affluents proviennent, contiennent quelques filons d'or, surtout du côté de Montauriol, Llauro, Tordères. Ainsi, en aval, on peut trouver quelques pépites, parfois suffisamment grandes pour que les bijoutiers de Perpignan les achètent.

La plupart sont minuscules. Mais il y a parfois quelques belles surprisesLa plupart sont minuscules. Mais il y a parfois quelques belles surprises

La plupart sont minuscules. Mais il y a parfois quelques belles surprises

Je vous le disais. Une rivière étrange.

Et finalement, bien qu'elle soit moins connue que la plupart de celles des environs, assez attachante.

Publié dans Ma région

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El moliner

Publié le par Jaume Ribera

Le meunier est l'un des personnages les plus importants, socialement et économiquement, au sein de toute communauté villageoise de mon époque.
Toutefois, ils ne sont pas si nombreux, ceux qui appartiennent à ce monde très fermé. Et souvent, ils exercent leur métier de père en fils, constituant des lignées assez inamovibles.

Pera Parer, dont c'est ici l'acte de mariage en 1589, était meunier et fils de meunier. Un de ses fils fut également meunier

Cette place centrale, le meunier la tient pour deux raisons.
La première, évidente, est qu'il est un élément essentiel dans la capacité de la communauté à se nourrir. Certes, les paysans (quels que soient leur fonction et leur rang) sont ceux qui produisent la nourriture, en cultivant la terre. Mais c'est le meunier qui permet de transformer les céréales produites, ou achetées, en farine ou en grains. Or, la farine et le grain sont les éléments de base de bien des préparations qui serviront à la nourriture (et pas seulement le pain). Donc même si la récolte est bonne, elle ne servira à rien si elle est gâtée avant d'être transformée. C'est sur le savoir-faire du meunier, donc, que repose d'une certaine manière la capacité de la communauté à éviter la disette, voire la famine.
La deuxième raison est plus politique. À cause de ce que je viens de vous expliquer sur la place centrale du meunier, les pouvoirs seigneuriaux qui se sont succédé au fil des siècles ont toujours cherché à contrôler les moulins, et donc ceux qui les faisaient fonctionner. Le meunier est très vite apparu, durant les siècles anciens, comme celui qui par son rôle connaissait et contrôlait tout: ce que chacun produisait, et ce que chacun recevait en farine ou en grain. C'est donc sur lui que les seigneuries mirent en place diverses taxes et droits sur la possession et sur l'usage des moulins. Ces droits, appelés droits banals, étaient ensuite répercutés par le meunier lui-même sur le prix demandé aux paysans. Ils ont ainsi créé un lien étroit entre ces deux acteurs, seigneur et meunier, chacun dépendant de l'autre.

À Argelès, nous sommes dans une situation un peu particulière à ce sujet. Comme je vous l'ai souvent dit, nous n'avons pas de seigneur, puisque la cité a un statut de ville libre. Il n'y a donc pas eu, au fil des siècles, de pouvoir qui pût implanter un moulin. Mais il y en avait dans les paroisses environnantes. En conséquence, ces autorités voisines veillèrent jalousement à ce qu'aucun moulin, qui aurait échappé à leur autorité, fût créé dans notre cité. En fait, Argelès dépend, pour ce qui est de ses grains et de ses farines, de deux moulins différents.
Le plus proche se situe à Tatzo. Il enjambe un petit ru affluent de la Ribereta, qui serpente dans les marécages entre le Tech et la cité.

El Moli de Tatzo, à votre époque

Mais il y a aussi le moulin de Collioure, bien différent d'aspect, dont Patrick me dit qu'après sa destruction totale au fil des siècles, il a entièrement été reconstruit tel que moi je le connais.

Dominant la baie de Collioure, le seul moulin à vent de la côte rocheuse

Comme vous pouvez le voir: deux moulins bien différents. Celui de Tatzo est un moulin à eau. De petite taille, certes, mais suffisant pour entraîner son mécanisme malgré le faible courant du ru. Celui de Collioure est à vent, comme plusieurs dans la Salanque ou dans le Fenouillèdes. Chez nous, la proximité des pentes des Albères perturbe trop les flux d'air (même ceux venant de la mer!...) pour permettre de tels moulins. Il est donc le seul de ce type dans tous nos environs.

Chacun d'entre eux est contrôlé par un pouvoir différent. Celui de Tatzo fut longtemps propriété des seigneurs du château (donc de mon ami Emanuel d'Oms, qui était le seigneur en titre quand les autorités françaises l'ont dépouillé de ses titres et de ses biens); celui de Collioure avait à l'origine été cédé par le roi de Majorque à celui qui le ferait construire (un certain Jaume Ermengald), mais il est à mon époque un bénéfice religieux, partagé de façon assez complexe entre les Frères Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui possèdent un prieuré dans la paroisse, et cette dernière. Plus probablement deux ou trois autres intervenants...

Mais attention: vous l'avez compris, je ne vous ai parlé ici que des meuniers à farine. Or, il existe dans notre région une assez forte production d'huile. D'olives, principalement, mais pas uniquement.
La production de l'huile fait appel au même type de traitement que la production de farines: il faut, dans les deux cas, écraser et broyer la matière première. Donc, on pourrait penser que la règlementation est la même. Il n'en est rien. Le moulin à huile, en effet, est de taille plus modeste, de coût de fabrication moins élevé et de maniement moins dangereux que le moulin à farine. Son rapport financier, par ailleurs, est moindre. C'est pourquoi les pouvoirs seigneuriaux, jadis, les ont moins contrôlés. Les droits banals existent, certes, mais ils sont moins élevés et moins contraignants. C'est donc pourquoi il existe plusieurs moulins à huile (on dit en général pressoirs) dans la plupart des communautés.

C'est ainsi qu'à Argelès, nous avons quelques familles de moliners parmi nous, bien qu'il n'y ait pas de moulins au sens usuel du terme.

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L'église Santa Maria de Collioure

Publié le par Jaume Ribera

Alors là je vous avertis tout de suite: ce n'est pas la peine de chercher: vous ne trouverez plus aucune trace de cette église!...
Patrick me dit d'ailleurs que je verrai sa destruction, ainsi que celle de l'essentiel de la cité de Collioure, de mon vivant. Il n'a pas voulu me dire exactement quand, mais j'ai dans l'idée que ce sera dans pas très longtemps.

Pour moi, c'est quelque chose d'assez inimaginable... En dehors de toute période de guerre, procéder à la destruction d'une cité entière, et finalement à son déplacement!... Et pourquoi? Pour agrandir les fortifications du vieux château royal, tout simplement. Je suppose que je n'ai pas fini d'en entendre parler!...

Comme je vous l'ai déjà dit dans un des premiers textes de ce blog (cela m'amuse, en mon XVII° siècle, d'employer ce terme pleinement de votre époque...), le Collioure de mon temps ne ressemble absolument pas à celui que vous connaissez.

Ne vous fiez pas au dessin des voies dans la partie longeant la côte: le dessinateur a fait preuve de beaucoup d'imagination!

Comme Elne, la cité est géographiquement divisée en deux parties: la ville haute, à l'ouest du vieux château royal (d'après Patrick, c'est elle qui va être détruite), et une sorte de ville basse, tout le long de l'anse que fait la mer entre le château et le vieux fort Sainte Thérèse construit il y a un peu plus d'un siècle. Mais cette dernière est beaucoup moins habitée que la ville haute: il n'y a pas plus d'une quinzaine de feux, sur la centaine que compte la totalité de Collioure (qui est quand même plus peuplée que ma cité d'Argelès, avec ses 500 habitants environ).
Si vous ajoutez quelques maisons à proximité du couvent des bénédictins, constituant un tout petit faubourg dans l'anse méridionale faite par la mer, au pied du Fort Saint Elme, vous avez une vision assez complète du Collioure que je connais.

La vision que j'ai de Collioure, quand je viens d'Argelès

Le tout est puissamment entouré par un ensemble de tours, plus modestes et surtout plus proches que la Madeloc ou la Massane, qui servent à la fois de fanaux pour les navires, et de compléments aux fortifications de la cité.
D'est en ouest, vous avez la tour de la Guardia, qui a constitué la base de construction du fort Saint Elme; la tour d'Avall, entre les remparts et le couvent des dominicains (vous la connaissez sous le nom de Tour de la douane); la tour del Far qui commande l'entrée du port, et dont Patrick me dit sans entrer dans les détails qu'à votre époque, elle est connue dans le monde entier (il doit exagérer...); et enfin la tour du Puig Musard, à l'intérieur du fort Sainte Thérèse, et qui paraît-il sera détruite avec lui.

Et l'église Santa Maria, alors? Sa situation est assez curieuse: elle est exactement à l'intersection des deux parties de la cité. Adossée au rempart principal, elle s'ouvre vers la ville haute par un portail latéral, sans grande originalité et finalement plutôt banal. Son clocher, rectangulaire et légèrement excentré, la sépare de la partie basse de la cité, celle qui longe la mer jusqu'à la Tour del Far. Santa Maria est l'église paroissiale de Collioure depuis au moins le début de notre millénaire.

Plus encore que celle d'Argelès, c'est une église située aux marges de la cité

Elle est relativement classique dans sa conception, fréquente parmi les églises de notre région, dès lors qu'elles n'ont pas un passé au sein d'une abbaye ou d'un monastère: une nef unique, des parois fortifiées, une voûte assez haute.

Vouée à la Vierge Marie, dont une statue survivra à la destruction future de l'endroit, elle est fonctionnelle, et sans grâce excessive. Ce qui n'empêche que je la regretterai, sans savoir encore où et comment sera construite la future église.

Les habitants de la cité aussi la regretteront, s'ils sont autorisés à rester après la suppression de leurs habitations.

Nota: Je remercie Alexis Aloujes, qui m'a fait parvenir (via Patrick) les documents illustrant ce billet.

Publié dans Ma région

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Nos anniversaires

Publié le par Jaume Ribera

Allez savoir pourquoi (!), mais Patrick m'a demandé il y a quelques jours de publier aujourd'hui un texte sur la façon dont nous célébrons nos anniversaires, dans mon XVII° siècle catalan.

J'avoue que sa demande m'a un peu surpris. Quelle drôle d'idée, pour nous, de marquer d'une manière particulière le jour de sa naissance!...

Bon là, je vous arrête tout de suite, car j'en entends déjà certains rigoler franchement: "De toutes façons, à l'époque de Jaume, disent-ils, les gens ne savaient même pas quand ils étaient nés. Et ils ne connaissaient donc pas leur âge!..."
Ben voyons!... Voilà encore une des bêtises dont votre époque est souvent persuadée, au sujet de la mienne, et que vous devez chasser de votre esprit dès que possible... Bien sûr que nous connaissons notre âge, et que nous savons parfaitement quand nous sommes nés!

Et pourtant, tous ceux de votre époque qui furètent dans les vieux registres de la mienne ont remarqué les imprécisions, et parfois les erreurs, quand l'âge est indiqué. La raison est simple: nous n'avons jamais besoin de l'indiquer précisément. Quand nous nous marions, quand nous faisons baptiser un enfant, quand nous rédigeons un testament, est-ce réellement important de savoir si nous avons 25 ou 27 ans? 58 ou 62 ans?
N'oubliez pas, de plus, que les documents erronés auxquels vous pensez ne sont jamais rédigés par nous-mêmes. Et que ce sont souvent des proches (simples voisins, amis, parents plus ou moins éloignés) qui ont donné les indications au rédacteur de l'acte. Cela multiplie le risque des approximations.
Ces dernières, en fait, ne sont vraiment importantes (dix ans, quinze ans d'écart avec la réalité...) que lorsqu'il s'agit de personnes très âgées. Parce que dans ces cas, rares sont ceux qui sont eux-mêmes assez âgés pour corriger un souvenir trop imprécis chez l'intéressé.

Dans l'acte de décès de Catharina Figueres, le curé précise qu'elle était âgée de 90 ans, mais ajoute aussitôt: "poch mes o menis"... Un peu plus ou moins...

Mais pour la plupart d'entre nous, je le répète, nous connaissons notre âge. Le seul renseignement qu'il nous manque souvent, c'est le quantième du mois. En ce qui me concerne, par exemple, je sais très bien que je suis né en 1630. En juillet. Plutôt vers la fin du mois... Mais pour trouver que c'était le 25, il m'a fallu demander au curé Morato (un jour où il était de bonne humeur...) de bien vouloir chercher dans ses registres.
Pourquoi cette ignorance, quasi générale, sur le jour précis de la naissance? Tout simplement parce que nous n'avons jamais besoin de nous en souvenir. À quoi cela pourrait-il bien nous servir?

À faire la fête, chaque année, lors du même jour?

Rien de tout cela n'existe pour nous (même en catalan)!...Rien de tout cela n'existe pour nous (même en catalan)!...Rien de tout cela n'existe pour nous (même en catalan)!...

Rien de tout cela n'existe pour nous (même en catalan)!...

C'est sans doute de là que vient cette croyance selon laquelle nous ne savons pas de quand date notre naissance: nous ne fêtons pas ce que vous appelez nos anniversaires!...
Pourquoi? Pour trois raisons, essentiellement.

Comme vous l'avez sans doute compris depuis que vous me lisez, la société dans laquelle je vis est fortement influencée par l'Église catholique. Or, celle-ci a toujours été réticente vis-à-vis de toutes les célébrations entourant la naissance. Peut-être parce que celle-ci est l'aboutissement du péché originel, se répétant lors de chaque conception. Quoi qu'il en soit, nos curés préfèrent que les éventuelles réjouissances aient uniquement lieu lors de la fête du Saint patron auquel les enfants ont été voués. C'est d'ailleurs pour cela que les chrétiens protestants, qui eux n'accordent pas d'importance aux saints, célèbrent les anniversaires; cela avait frappé Francisco, lorsque les voyages de sa jeunesse l'ont mené dans les Charentes protestantes.

Par ailleurs, les naissances se déroulent parfois mal. Hélas trop souvent, encore, même si la situation s'améliore à ce sujet, la mère ne survit pas à un accouchement. Ou le bébé ne parvient pas à vivre. La naissance d'un enfant est parfois associée à tant de souvenirs douloureux que personne ne ressent le besoin de la commémorer durant les premières années. Or, c'est durant l'enfance que ce type d'habitudes devient rituel.

Enfin, et cela aussi vous l'avez compris, notre société est plus collégiale qu'individualiste. Les occasions de réjouissances sont rarement associées à un individu seul. L'anniversaire, c'est la commémoration de la naissance d'un seul. Patrick me dit qu'il faudra deux bons siècles après mon époque pour que l'individu devienne un acteur social à part entière.

Vous l'avez compris: on n'est pas sur le point de célébrer un anniversaire, dans nos contrées!...

Ce qui ne nous empêche pas de nous amuser, en d'autres occasions, croyez-le...

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