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Guifré el Pelos: le premier chef catalan

Publié le par Jaume Ribera

Cela fait un moment que je vous promets de vous parler de celui qui est considéré comme le fondateur de ce que vous appelez à votre époque la nation catalane...

Celui qui, veut la légende, a indirectement fondé notre drapeau: le roi franc de l'époque Charles le Chauve aurait voulu remercier la bravoure d'un chef local ayant combattu à ses côtés en barrant de quatre bandes ensanglantées un bouclier d'or pour en faire son blason. Oublions le fait que le roi Charles n'a jamais mis les pieds dans notre région; oublions aussi le fait qu'il fallut attendre deux ou trois siècles supplémentaires pour donner des armoiries aux familles nobles!... La légende est belle!

Ce qui est vrai, en revanche, est l'incontestable ascension d'une famille conflentoise parmi toutes celles sur lesquelles le pouvoir carolingien s'appuya pour réorganiser la région. Qui est-elle? Pas de patronyme, bien sûr, à l'époque. Juste un lien avec la terre d'origine. En l'occurrence, Arria, devenu depuis Ria, à proximité de Prades, la capitale du Conflent.

Il ne reste rien, à votre époque, de ce château où tout démarra. Pourtant, il est toujours débout de mon temps!

Le seigneur du lieu, depuis 820 environ, était un certain Sunifred, qui cumulait les titres de comtes d'Urgell et de Cerdaña, avant d'étendre ses possessions à Gerona, Barcelone et même Narbonne à partir de 844. Il était issu d'une famille wisigothique locale, sans qu'on puisse déterminer avec certitude de laquelle. Mais peu importe. Car il est probable que toutes ces familles étaient généalogiquement très liées. Entre autres enfants, Sunifred avait un fils plus actif que les autres (qui restèrent dans son ombre durant toute leur vie): Guifré.

Un vrai chef guerrier, né aux alentours de 837-838 (il n'était pas l'aîné). Un combattant, qui ne tarda pas à regarder bien au-delà de son village d'origine, puisqu'on le retrouve à la tête des fiefs de son père dès 870, puis principal seigneur de toute la Catalogne dès 878. Pendant presque vingt ans, Guifré organisa l'ensemble de ses possessions, au début pour le compte des rois carolingiens, puis de plus en plus pour celui de sa dynastie familiale.

Il permit en effet la renaissance socio-économique d'une région qui avait été longtemps dévastée par les incursions sarrasines et par les révoltes locales. C'est notamment à son œuvre qu'on doit l'achèvement du repeuplement de nos vallées montagnardes, qu'avait impulsé le pouvoir carolingien. Pour réussir cela, Guifré s'appuya sur l'Église, dont plusieurs dignitaires locaux appartenaient à sa famille. Plusieurs abbayes, et plusieurs églises paroissiales que nous connaissons aujourd'hui ont été fondées à son époque. Ces lieux jouèrent un rôle essentiel pour stabiliser ces terres neuves.

Ayant connu son ascension du pouvoir par les armes, Guifré mourut par les armes. Il n'avait pas totalement réussi à s'émanciper de ses suzerains carolingiens, et devait donc assurer pour eux la sécurité de la frontière méridionale de leur empire. La menace de plus en plus pressante sur le comté de Barcelone du seigneur musulman voisin, Llop ibn Muhammad, l'obligea à une nouvelle guerre. Elle fut fatale à Guifré, tué par une lance le 11 août 897 du côté de l'actuelle Valencia.

Sa légende pouvait naître, portée par ses nombreux descendants, qui assurèrent la domination de sa dynastie durant plusieurs siècles sur toute la région.

La tombe d'el Pelos, située dans le monastère de Ripoll

Au fait: pourquoi el Pelos? Peut-être parce qu'il avait de longs cheveux. Ou peut-être, comme le veut la tradition, parce qu'il était doté d'une importante pilosité sur tout le corps.

Je vous laisse choisir...

Publié dans Ma vie

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Les étangs côtiers

Publié le par Jaume Ribera

Lorsque je demande à Patrick de me décrire le paysage que vous, vous connaissez pour notre région, il commence par prendre l'air embarrassé. Puis, avec beaucoup de précautions, un peu comme s'il voulait m'épargner, il me parle des villes immenses, des constructions partout, de la concentration massive au bord de la mer... Il m'en parlait l'autre jour, quand je l'ai soudain interrompu.
-- Comment ça, au bord de la mer? Et les étangs et les marécages, alors?

Et là: silence! Pas de réponse. Jusqu'à ce qu'il finisse par me dire, à contrecœur, que des marécages il n'y en a plus, et que les étangs ont presque tous disparu.

Pour dire le vrai, la plupart des grandes étendues d'eau qui s'échelonnaient le long de la mer ont déjà disparu, à mon époque. Elles étaient le reste de ces temps extrêmement lointains dont je vous ai parlé, durant lesquels la mer pénétrait bien plus avant qu'aujourd'hui dans les terres. Tout le long de la façade maritime, existaient donc des étangs plus ou moins vastes: en Salanque, à Canet, à Cabestany, vers Bages, entre Saint Cyprien et Argelès... et j'en oublie sûrement.

L'étang de Saint Nazaire, l'un des rares à subsister à mon époque

Ce sont les moines templiers qui, aux XI° et XII° siècles, ont décidé d'assécher ces étangs. Leur objectif était double.
Dans un premier temps, ils supprimaient des espaces d'eaux souvent insalubres, peu profondes donc stagnantes, où pullulaient moustiques et insectes propageant des maladies diverses...
Dans un deuxième temps, ils agrandissaient la superficie des terres cultivables, dont bien sûr ils avaient obtenu la propriété en échange de leur assèchement. Et dont ils profitèrent ensuite des revenus. Lorsque les Templiers furent éliminés, ce sont (dans notre région) les moines de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem qui leur succédèrent, et qui achevèrent ces vastes travaux de suppression des étangs.

À mon époque, il ne reste que quatre vestiges de toutes ces étendues d'eau.

- tout au nord de la région, à cheval sur l'ancienne frontière d'avant le traité de 1659, l'immense lac de Leucate. Je n'y suis jamais allé, mais Francisco qui l'a longé en revenant d'Italie l'an dernier m'a raconté qu'il est le plus profond et le plus riche en flore et en faune (notamment de nombreuses colonies de flamands roses) de toute la région.

- l'étang de Saint Nazaire, plus près de ma cité argelésienne. Il est beaucoup plus étendu à mon époque qu'à la vôtre.

À mon époque et à la vôtre: réduit, mais pas disparu...À mon époque et à la vôtre: réduit, mais pas disparu...

À mon époque et à la vôtre: réduit, mais pas disparu...

Pourquoi n'a-t-il pas été totalement asséché, comme presque tous les autres? Parce qu'il y a très longtemps (au milieu du XIII° siècle), le seigneur de Canet en avait cédé les droits de pêche aux habitants de son village. Des marais salants avaient même été établis dans la partie proche des graus, ces étroits goulets qui relient l'étang à la mer. Ces activités furent suffisamment porteuses de ressources pour préserver l'existence de l'étang.

- Plus dans l'intérieur des terres, il existe un dernier étang à Villeneuve de la Raho. Si j'en crois ce que m'a raconté Patrick, il a une curieuse histoire, celui-ci. Assez vaste et profond de mon temps, il a fini par être délaissé et toute exploitation abandonnée à partir de ses eaux. Donc, environ deux siècles après mon temps, il a été à son tour asséché. Et puis, inconséquence ou nécessité des hommes, encore un siècle plus tard il a été à nouveau mis en eau. Vous le connaissez donc, mais je gage que ses abords sont bien plus salubres que de mon temps...

- Enfin, il y a les marécages!... Je ne vais pas me lancer, à leur sujet, dans une liste exhaustive qui serait longue, lassante à lire, et de toutes façons incomplète, tant ils sont nombreux. Nous en avons un, à Argelès, entre les murailles de la cité et la mer.

Qui pourrait penser que l'eau, traîtresse, gorge tous ces sols herbus?

Ce n'est pas un marécage permanent, et de nombreux jardins ont vu le jour, ici ou là, au milieu des eaux stagnantes et boueuses. Mais ce n'est pas une zone très agréable, même si moi j'aime bien la traverser lorsque je pars rêver au bord de la mer.
Il faut toutefois être très prudent: le sentier se perd vite sous quelques pouces d'eau... Et si on n'y a pas pris garde, ou si la malchance veut qu'on trébuche juste à ce moment-là, c'est la mort assurée...

Publié dans Ma région

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