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Un an!...

Publié le par Patrick Dombrowsky

Ehhh oui!...

Cela fait déjà un an que j'ai cédé à l'insistance de Jaume, et qu'est né ce blog à quatre mains. Une expérience d'écriture que j'ai découverte au fur et à mesure qu'elle se développait, après quelques temps de tâtonnements.

Encore beaucoup d'anninversaires de ce type!...

365 jours plus tard, avec 140 articles au compteur (celui-ci est le 141°), le blog a reçu un peu plus de 3700 visiteurs uniques (selon la terminologie habituelle de ce genre de décomptes), qui ont visité 7903 pages. Des chiffres qui, au-delà de l'aridité de la statistique, montrent qu'il y a désormais un public fidèle pour les textes de Jaume Ribera.

Pour parler franchement, je ne pense pas qu'on puisse parler de raz-de-marée. Mais ce n'était pas non plus mon objectif.
Il s'agissait surtout pour moi (pour nous!...) de vous raconter notre terre catalane telle qu'elle était au moment où l'Histoire l'a intégrée dans le royaume français, après 1759. Ses structures sociales, ses modes de vie, ses lieux, la mémoire de son histoire locale...

Si vous prenez autant de plaisir à (re)découvrir tout ceci que nous en prenons à vous le raconter, le pari entamé il y a un an aura été pleinement réussi.

Et maintenant?

Quels sont les défis que cette deuxième année devra relever? Allez! Limitons-nous à trois, ce ne sera pas si mal...
    - Un peu plus de régularité dans les écrits, avant tout. Il y a eu trop de périodes de longs silences durant les douze mois écoulés. Suivies parfois de successions d'articles rapprochés. Il faudra mieux gérer le temps, à l'avenir.
    - Élargir le domaine d'investigation, aussi. Il n'y a pas qu'Argelès et ses alentours, dans les terres catalanes de 1660!... J'espère pouvoir vous emmener à la découverte d'endroits plus lointains, en Vallespir, dans les Aspres, en Conflent et pourquoi pas jusqu'en Cerdagne. Plus loin encore? Pourquoi pas?
    - Donner la parole à d'autres acteurs, peut-être aussi. Jaume se réfugie toujours dans le silence, quand je lui en parle. Mais je vois bien qu'il est tenté. Après tout, Francisco, Athanase, Emanuel... et bien sûr Sylvia sont importants dans sa vie.
Leur vision de certains sujets pourrait utilement enrichir ce blog, en diversifier la tonalité.

Et surtout, sans doute avant la fin de l'année, il faudra accueillir un nouveau roman.
Jaume y a fait allusion, dans quelques-uns de ses derniers textes. Il a mené une nouvelle enquête, récemment. Il m'a raconté ces circonstances où, une fois de plus, il s'est mis en danger. Et je suis en train d'en rédiger le roman.
Lentement, comme d'habitude. Trop, sans doute, au goût de certains (dont Jaume lui-même). Mais la recherche d'un texte bien fait n'est pas compatible avec la précipitation...

Des idées pour l'avenir, il y en a. L'envie de continuer, elle est là.
Il ne reste plus qu'à aller au devant de vos attentes. Et donc pour vous à ne pas hésiter à vous manifester, à solliciter, à raconter, à proposer... Afin que ce blog ne soit pas qu'un long monologue, mais un véritable échange autour de ce pays catalan que nous aimons tous tant.

Feliç aniversari a aquest lloc d'amistat

Publié dans De la part de Patrick

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Le Réart

Publié le par Jaume Ribera

C'est une rivière étrange, que le Réart!...

Une rivière qui me poursuit, si j'ose dire. Vous vous souvenez qu'à l'automne dernier, Francisco, Sylvia et moi avons quitté Argelès pour un long voyage devant nous amener dans la plupart des grandes abbayes de notre région, où nous souhaitions explorer leurs bibliothèques d'ouvrages médicaux. Voyage qui finalement fut interrompu dès Serrabona, pour la raison que connaissent tous ceux qui ont lu Le novice de Serrabona, récit de l'enquête que j'ai dû y mener.

Une de nos premières étapes fut un bien étrange mas, au-dessus de Montauriol: le mas d'en Manent. Francisco espérait y retrouver un de ses amis de jeunesse, et comme il était temps de nous restaurer, nous avons fait le détour... Non loin de ce mas, coule un petit ruisseau sans prétention, émergeant soudain d'entre les roches schisteuses, au pied de grands arbres. Les gens des alentours l'appellent el correc de Bertra. Un Bertrand, jadis, a dû avoir un rapport avec ce ruisseau, ou avec la terre où il prend sa source.
Si je dis qu'il me poursuit, ce ruisseau, c'est parce qu'il y a quelques semaines, lors de ma dernière enquête (celle que Patrick est en train de rédiger à partir de mon récit), je l'ai retrouvé. Près de Cabestany, où m'appelaient certains événements. Il n'était plus le petit correc presque timide que j'avais deviné au son cristallin que nous avions perçu en approchant de can Manent. Après avoir changé de nom plusieurs fois, au gré des villages traversés (correc dels Hostalets, ribera de la Galserana), il devient enfin le Réart lorsqu'il est définitivement entré dans la plaine du Roussillon, entre Fourques et Villemolaque.

Peu après le village de Fourques, au milieu de nulle part, le Réart naît enfin...

J'ai beau le connaître depuis plusieurs années, puisque la voie qui mène d'Argelès à Perpignan le traverse, et que j'y passe régulièrement, je n'y avais jamais vraiment prêté attention, avant ces dernières semaines. Et pourtant, cette rivière est vraiment différente de celles que nous avons près de notre cité (la Massana, le Tech, et bien sûr tous les cours d'eau de montagne). Ceux-ci coulent entre de hauts buissons, voire de véritables haies d'arbres. Leur lit est bien marqué ente les rives assez rapprochées.

Il n'en est pas de même en ce qui concerne le Réart.

 

Une rivière au parcours parfois difficile à cernerUne rivière au parcours parfois difficile à cernerUne rivière au parcours parfois difficile à cerner

Une rivière au parcours parfois difficile à cerner

Le sol des terres dont il descend, schisteux, est en effet plus friable que celui du Vallespir ou des pentes des Albères. Les eaux parfois tumultueuses, lorsqu'il pleut en abondance, arrachent de gros galets, voire quelques rochers. Le fond de la rivière, donc, est beaucoup plus caillouteux que celui des rivières voisines. Et comme le sol est très perméable, dans cette partie de la plaine, le débit de la rivière est très faible. Elle est même souvent à sec, dévoilant le tapis de cailloux qui la caractérise. Ces pierres charriées ont pour conséquence de creuser les rives et d'entraîner leur éboulement. Le lit du Réart est ainsi bien plus large que nécessaire, par rapport à son faible débit.
La principale conséquence en est que, faute de berges suffisamment solides pour contenir sa fougue, il arrive assez fréquemment au Réart de déborder en crues assez dévastatrices, pour les cultures et les habitations. Le hameau de Saleilles, qui en est proche, en fait régulièrement la cruelle expérience.

Des inondations d'autant plus spectaculaires qu'il n'y a là aucun reliefDes inondations d'autant plus spectaculaires qu'il n'y a là aucun relief

Des inondations d'autant plus spectaculaires qu'il n'y a là aucun relief

Tout cela ferait déjà de cette rivière un étrange cours d'eau, par rapport à ceux que l'on rencontre dans la région.

Mais il a deux autres particularités, qui le distinguent définitivement.

Contrairement aux autres, il ne finit son trajet ni dans une autre rivière dont il serait l'affluent, ni même dans la mer vers laquelle il se dirige pourtant. Non. C'est dans le vaste étang de Canet qu'il termine sa course, contribuant ainsi à alimenter l'un des derniers vestiges de ces temps très anciens où la mer avançait bien plus profondément qu'aujourd'hui dans la plaine roussillonnaise.

Enfin, le Réart est une rivière aurifère!... Mais si! Les terres des Aspres, dont lui et la plupart de ses affluents proviennent, contiennent quelques filons d'or, surtout du côté de Montauriol, Llauro, Tordères. Ainsi, en aval, on peut trouver quelques pépites, parfois suffisamment grandes pour que les bijoutiers de Perpignan les achètent.

La plupart sont minuscules. Mais il y a parfois quelques belles surprisesLa plupart sont minuscules. Mais il y a parfois quelques belles surprises

La plupart sont minuscules. Mais il y a parfois quelques belles surprises

Je vous le disais. Une rivière étrange.

Et finalement, bien qu'elle soit moins connue que la plupart de celles des environs, assez attachante.

Publié dans Ma région

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El moliner

Publié le par Jaume Ribera

Le meunier est l'un des personnages les plus importants, socialement et économiquement, au sein de toute communauté villageoise de mon époque.
Toutefois, ils ne sont pas si nombreux, ceux qui appartiennent à ce monde très fermé. Et souvent, ils exercent leur métier de père en fils, constituant des lignées assez inamovibles.

Pera Parer, dont c'est ici l'acte de mariage en 1589, était meunier et fils de meunier. Un de ses fils fut également meunier

Cette place centrale, le meunier la tient pour deux raisons.
La première, évidente, est qu'il est un élément essentiel dans la capacité de la communauté à se nourrir. Certes, les paysans (quels que soient leur fonction et leur rang) sont ceux qui produisent la nourriture, en cultivant la terre. Mais c'est le meunier qui permet de transformer les céréales produites, ou achetées, en farine ou en grains. Or, la farine et le grain sont les éléments de base de bien des préparations qui serviront à la nourriture (et pas seulement le pain). Donc même si la récolte est bonne, elle ne servira à rien si elle est gâtée avant d'être transformée. C'est sur le savoir-faire du meunier, donc, que repose d'une certaine manière la capacité de la communauté à éviter la disette, voire la famine.
La deuxième raison est plus politique. À cause de ce que je viens de vous expliquer sur la place centrale du meunier, les pouvoirs seigneuriaux qui se sont succédé au fil des siècles ont toujours cherché à contrôler les moulins, et donc ceux qui les faisaient fonctionner. Le meunier est très vite apparu, durant les siècles anciens, comme celui qui par son rôle connaissait et contrôlait tout: ce que chacun produisait, et ce que chacun recevait en farine ou en grain. C'est donc sur lui que les seigneuries mirent en place diverses taxes et droits sur la possession et sur l'usage des moulins. Ces droits, appelés droits banals, étaient ensuite répercutés par le meunier lui-même sur le prix demandé aux paysans. Ils ont ainsi créé un lien étroit entre ces deux acteurs, seigneur et meunier, chacun dépendant de l'autre.

À Argelès, nous sommes dans une situation un peu particulière à ce sujet. Comme je vous l'ai souvent dit, nous n'avons pas de seigneur, puisque la cité a un statut de ville libre. Il n'y a donc pas eu, au fil des siècles, de pouvoir qui pût implanter un moulin. Mais il y en avait dans les paroisses environnantes. En conséquence, ces autorités voisines veillèrent jalousement à ce qu'aucun moulin, qui aurait échappé à leur autorité, fût créé dans notre cité. En fait, Argelès dépend, pour ce qui est de ses grains et de ses farines, de deux moulins différents.
Le plus proche se situe à Tatzo. Il enjambe un petit ru affluent de la Ribereta, qui serpente dans les marécages entre le Tech et la cité.

El Moli de Tatzo, à votre époque

Mais il y a aussi le moulin de Collioure, bien différent d'aspect, dont Patrick me dit qu'après sa destruction totale au fil des siècles, il a entièrement été reconstruit tel que moi je le connais.

Dominant la baie de Collioure, le seul moulin à vent de la côte rocheuse

Comme vous pouvez le voir: deux moulins bien différents. Celui de Tatzo est un moulin à eau. De petite taille, certes, mais suffisant pour entraîner son mécanisme malgré le faible courant du ru. Celui de Collioure est à vent, comme plusieurs dans la Salanque ou dans le Fenouillèdes. Chez nous, la proximité des pentes des Albères perturbe trop les flux d'air (même ceux venant de la mer!...) pour permettre de tels moulins. Il est donc le seul de ce type dans tous nos environs.

Chacun d'entre eux est contrôlé par un pouvoir différent. Celui de Tatzo fut longtemps propriété des seigneurs du château (donc de mon ami Emanuel d'Oms, qui était le seigneur en titre quand les autorités françaises l'ont dépouillé de ses titres et de ses biens); celui de Collioure avait à l'origine été cédé par le roi de Majorque à celui qui le ferait construire (un certain Jaume Ermengald), mais il est à mon époque un bénéfice religieux, partagé de façon assez complexe entre les Frères Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui possèdent un prieuré dans la paroisse, et cette dernière. Plus probablement deux ou trois autres intervenants...

Mais attention: vous l'avez compris, je ne vous ai parlé ici que des meuniers à farine. Or, il existe dans notre région une assez forte production d'huile. D'olives, principalement, mais pas uniquement.
La production de l'huile fait appel au même type de traitement que la production de farines: il faut, dans les deux cas, écraser et broyer la matière première. Donc, on pourrait penser que la règlementation est la même. Il n'en est rien. Le moulin à huile, en effet, est de taille plus modeste, de coût de fabrication moins élevé et de maniement moins dangereux que le moulin à farine. Son rapport financier, par ailleurs, est moindre. C'est pourquoi les pouvoirs seigneuriaux, jadis, les ont moins contrôlés. Les droits banals existent, certes, mais ils sont moins élevés et moins contraignants. C'est donc pourquoi il existe plusieurs moulins à huile (on dit en général pressoirs) dans la plupart des communautés.

C'est ainsi qu'à Argelès, nous avons quelques familles de moliners parmi nous, bien qu'il n'y ait pas de moulins au sens usuel du terme.

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