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La commanderie du Mas Deu

Publié le par Jaume Ribera

Elle fut, longtemps, un véritable pouvoir politique, économique, social, dans notre région. Située dans la plaine, entre Trouillas et Bages, elle ne fait pas partie des endroits que je fréquente habituellement: elle se situe quand même à un peu moins de neuf lieues d'Argelès! (une vingtaine de kilomètres, dixit Patrick...).
Mais lors de ma dernière enquête (qu'il ne vous a pas encore racontée), j'ai été amené à visiter ce lieu chargé d'histoire.

Fondée au début du XII° siècle (une période fondamentale pour l'organisation et le déploiement des habitats dans notre région), la commanderie fut le lieu principal, entre Barcelone et Narbonne, de l'implantation des Templiers, à l'époque où ceux-ci étaient un ordre puissant.

Une aire d'influence considérable, offrant de nombreuses ressources à la commanderie

Leur organisation était extrêmement sophistiquée, et distinguait entre les implantations à vocation économique et celles à vocation militaire. Située loin des zones frontalières de leur influence, la commanderie du Mas Deu faisait partie de la première catégorie. Elle prospérait grâce aux nombreux dons de terres et d'alleux que lui faisaient les seigneurs et les notables locaux. Pour partie par sympathie envers l'Ordre; pour partie afin d'augmenter leurs chances d'accéder au paradis après leur mort.
Comme la région était extérieure au royaume français, les Templiers présents au Mas Deu échappèrent aux condamnations et aux exécutions ordonnées par Philippe le Bel et sa justice. Et lorsque le pape, en 1312, mit fin à l'existence de l'Ordre, il s'en remit aux archevêques locaux pour décider du sort de ses membres. Tous les Templiers catalans furent innocentés, et purent retourner dans leurs terres d'origine.

Pour autant, le Mas Deu ne cessa pas d'exister, car de même que la plupart des implantations templières, il fut récupéré par les religieux de l'Ordre des Frères Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. Ils sont toujours à la tête de l'ancienne commanderie (qui a gardé ce nom), dirigés par l'austère Felip de Sabater que j'ai été amené à rencontrer. Un homme rude, mais loyal. Mais je laisse Patrick vous raconter tout cela.

Il reste que le lieu que j'ai découvert en me rendant à la commanderie a beaucoup souffert des guerres franco-espagnoles que nous venons de connaître. Et qu'il ne ressemblait guère à la représentation ancienne que Patrick en a trouvée.

L'un des bâtiments, dont l'ensemble entourait une vaste cour intérieure et comportait une église

En fait, tous les niveaux supérieurs sont désormais impropres à l'habitation de qui que ce soit, car de larges parties du toit ont été détruites. Et comme le Mas Deu est à l'écart de Perpignan, et sans doute dirigé de façon moins politique vie-à-vis de nos nouvelles autorités, il met beaucoup plus de temps à se reconstruire que l'autre grande commanderie hospitalière de la région, celle de Bajoles.

Mais toutes ces reconstructions, faites ou à peine entamées, n'ont servi à rien, me raconte Patrick! À votre époque, il ne reste plus rien de Bajoles, et presque plus rien du Mas Deu. Encore bien des destructions regrettables de ces vénérables implantations...

Quelques-une des rares bâtiments encore debout. En haut une chapelle. En bas: comment reconnaître la façade représentée sur le cliché précédent?Quelques-une des rares bâtiments encore debout. En haut une chapelle. En bas: comment reconnaître la façade représentée sur le cliché précédent?
Quelques-une des rares bâtiments encore debout. En haut une chapelle. En bas: comment reconnaître la façade représentée sur le cliché précédent?Quelques-une des rares bâtiments encore debout. En haut une chapelle. En bas: comment reconnaître la façade représentée sur le cliché précédent?

Quelques-une des rares bâtiments encore debout. En haut une chapelle. En bas: comment reconnaître la façade représentée sur le cliché précédent?

Éventrés, abandonnés depuis des décennies, les bâtiments de la commanderie n'ont pour vous plus rien de majestueux ni même d'imposant, comme ceux que j'ai pu voir.

J'espère qu'avec le récit que je lui en ai fait, Patrick saura en restituer la grandeur...

Ce serait une façon de les faire revivre.

Publié dans Ma région

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Le problème de l'eau dans Perpignan

Publié le par Jaume Ribera

C'est un souci majeur à mon époque: accéder à l'eau. À une eau, en tous cas, qui soit consommable sans aussitôt propager de fâcheuses épidémies.
Et ce, d'autant plus que rares sont les cités qui laissent pénétrer les rivières et les cours d'eau (hormis parfois de petits rus) à l'intérieur de leurs murs. Je connais bien ce maintien de la Maçana hors les murs de ma cité d'Argelès. J'ai pu constater, lors de mes déplacements vers Perpignan, qu'il en était de même dans cette grande ville: les murailles ancestrales suivent fidèlement le cours de la Basse, sans que celle-ci soit admise à couler à l'intérieur de l'enceinte. Et les projets du gouverneur de Noailles pour modifier le tracé des fortifications en englobant, au moins partiellement, le cours de la rivière rencontrent de nombreuses oppositions.

Les quartiers qui seront englobés par l'extension des fortifications, avec la Basse désormais incluse dans les murs de la ville

Et pourtant, pour vivre, les populations qui sont à l'intérieur des cités ont bien évidemment besoin d'eau. Et pas uniquement pour boire ou pour cuisiner!
Même si, je le sais, l'image que vous avez de notre époque est associée à la saleté et aux cloaques que seraient nos rues, la réalité est différente, je vous l'assure. Bien sûr, nous ne possédons pas tous les moyens et les artifices qui permettent à vos temps d'être bien plus performants que les nôtres quant à l'hygiène et à la propreté des lieux et des gens.
Mais même pauvres, nos maisons, nos rues, nos villages sont suffisamment récurés et entretenus pour qu'il soit possible d'y vivre sans pestilence. C'est plus difficile, c'est vrai, dans une grande ville comme Perpignan, où des milliers de personnes s'entassent dans des quartiers parfois très anciens.

Là plus qu'ailleurs, il est donc nécessaire d'amener l'eau à l'intérieur de la ville. Pour Perpignan, c'est la Têt qui pourvoit aux besoins de tous. Mais curieusement, pas la partie du fleuve qui passe immédiatement à proximité de la ville. Les terres qui sont entre la Têt et la Basse sont en effet largement marécageuses. Il y a trop d'eaux stagnantes pour qu'on puisse en prélever une part sans risquer la santé de tous.
Depuis des siècles, donc, c'est bien plus en amont que l'eau de la Têt est puisée. Du côté de Vinça, depuis le XII° siècle, une partie de l'eau du fleuve (qui à cet endroit est encore pure et claire) est détournée dans ce qui était appelé la Sequia Real de Thoyr (le canal royal de Thuir). Je vous épargne le trajet, souvent sinueux, de ce canal, qui de toutes façons fut entièrement détruit par de gigantesques crues en 1421.

La Sequia Real de Thoyr était pourtant dotée d'infrastructures impressionnantes

Les consuls de Perpignan décidèrent alors de financer la reconstruction d'un ouvrage du même type. Ce dernier existe encore à mon époque (et à la vôtre aussi, me dit Patrick).
L'eau est amenée jusqu'à la ville par un réseau de canaux et de ponts-aqueducs. C'est au sud de Perpignan que se rejoignent ces arrivées d'eau, qui sont ensuite guidées par des conduites à déversoir jusqu'à un grand réservoir. Une citerne, en fait, située juste derrière l'église du couvent des Carmes, à l'est de la ville. De cette citerne, partent plusieurs conduites amenant l'eau jusqu'à des fontaines situées en plusieurs endroits de la ville. C'est à celles-ci que les habitants viennent chercher l'eau dont ils ont besoin.

La plupart de ces infrastructures ont disparu pour vous. Mais il en reste quelques vestiges: ici l'un des aqueducs, au sud de Perpignan, baptisé "aqueduc des arcades"

Bien sûr, malgré sa complexité, ce moyen d'approvisionnement en eau est fragile. Les années de sécheresse sont encore plus ressenties dans la grande ville que dans les campagnes.

Mais au moins dispose-t-on du minimum nécessaire pour vivre décemment. Même dans notre dix-septième siècle...

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Faisons-nous du sport?

Publié le par Jaume Ribera

C'est, paraît-il, une des interrogations majeures de votre époque. Vous vivez, m'explique régulièrement Patrick, de manière beaucoup trop sédentaire... Et donc, vous passez votre temps à multiplier les occasions de pratiquer des activités sportives. Où non seulement vous perdez les calories de nourritures trop riches et mal consommées, mais en plus où vous reconstituez vos capacités musculaires...

Cela dit, moi je ne juge pas, croyez-le... Je vous donne seulement un avis de médecin!...

Mais je n'écris pas ici pour vous parler de votre époque et de ses pratiques, que vous connaissez mieux que moi. C'est de mon temps que je veux vous parler.

Et donc: faisons-nous du sport?
Alors je réponds tout net: si par faire du sport, nous parlons de cette pratique visant à faire de l'exercice sans autre finalité que de transpirer, de courir, de forcer...
Non, nous n'en faisons pas.

Des images totalement incompréhensibles pour quelqu'un de mon époque...Des images totalement incompréhensibles pour quelqu'un de mon époque...Des images totalement incompréhensibles pour quelqu'un de mon époque...

Des images totalement incompréhensibles pour quelqu'un de mon époque...

Ce n'est pas par paresse, ni par désintérêt, ni même parce que nous n'en aurions pas le temps... Mais tout simplement, parce que nous n'en avons pas besoin. Car de l'exercice physique, c'est toute notre vie quotidienne qui nous amène à en faire!... Et d'abondance!...

Songez plutôt: c'est par exemple à pied que nous effectuons tous nos déplacements. Et cela, même si certains d'entre vous doivent rire sous cape, puisque pour ma part j'adore emprunter un des chevaux de la garde d'Argelès lorsque je me rends dans un mas éloigné.
Il n'en reste pas moins que, contrairement à une idée très répandue dans la littérature de votre époque, nous nous déplaçons beaucoup. Pour aller dans les terres à travailler; pour aller vendre aux marchés et aux foires alentour; pour aller chez le notaire; pour se rendre à un évènement familial, même éloigné... Tous ces déplacements sont longs, parfois fatigants. Après une journée de marche, souvent chargé de lourds ballots, vous n'avez pas vraiment besoin de faire des exercices supplémentaires!...
Toutes les activités manuelles exigées par les différents métiers de nos vies quotidiennes, par ailleurs, sont également exigeantes pour nos organismes. N'oubliez pas que nous n'avons, dans notre dix-septième siècle, aucune autre force que celle de nos muscles pour tout accomplir. Seule, parfois, l'aide du bétail, quand on est assez riche pour en posséder, peut nous soulager.

Donc le sport pour le plaisir, nous n'en faisons pas.

Mais n'en déduisez pas pour autant que seule notre vie quotidienne nous permet de nous agiter quelque peu. Nous aussi, nous avons des moments de détente purement physique. Ce que vous appelez, aussi, du sport, et que nous appelons plutôt des jeux.

Beaucoup de ces jeux sont pratiqués dès l'enfance

Des moments où nous rivalisons les uns avec les autres, au sein d'une même communauté, ou entre villages. Trois types de jeux sont les plus répandus.

Ceux de force. C'est surtout dans les zones montagneuses qu'on les pratique. Lancers, levers, poussées, tirs à la corde, sciages rapides, parfois combats de lutte (aux règles extrêmement variables, et très peu codifiées...). Tout cela nous vient de plusieurs siècles en arrière. Parfois des temps antiques. Ils correspondent, finalement, à la recherche du prestige (même purement local) qui rejaillit sur tout un village quand il compte un champion parmi les siens.

Ceux d'adresse. Sans doute parce qu'ils ont souvent besoin d'accessoires, ces jeux sont moins fréquents dans nos terres. Et ils se pratiquent surtout dans des domaines dont l'utilité quotidienne est réelle: tir, visée, pêche à la main... Tant qu'à être adroit, autant que cela serve à quelque chose!...

Ceux d'équipe enfin. Il en existe aussi. Ces moments où des groupes entiers affrontent d'autres groupes. Avec pour seul but de s'amuser, de s'empoigner, de courir les uns après les autres (il arrive que tout cela se transforme en grosses poursuites à travers le village!...), et aussi, reconnaissons-le, de régler quelques vieux contentieux personnels à l'abri d'un groupe de corps entassés les uns sur les autres, ou d'un recoin à l'écart... Il n'y a pas vraiment de règles dans ces jeux collectifs. Si ce n'est celle de se défouler au maximum.

Une pagaille à peine organisée, qui parfois dégénère en empoignade générale

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce sont des moments essentiels à la cohésion de l'ensemble de la communauté.
L'ensemble? Il ne vous paraît manquer personne, dans la rapide description que je viens de vous faire?
Eh bien si!...

Les femmes, c'est vrai, sont très absentes se toutes ces joutes, de ces jeux.

Notre époque n'est guère ouverte à l'idée d'activités physiques pour les femmes. Du moins des activités physiques en public.
Car au sein du domaine familial, les femmes sont très loin d'être inactives, croyez-moi...

Je vous en reparlerai.

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Elne: la prestigieuse endormie

Publié le par Jaume Ribera

Elle est une des plus anciennes cités de notre région. Son existence, avec une certaine importance, est attestée dès le III° siècle avant notre ère, lorsque l'armée d'Hannibal y établit son campement, avant de négocier à Ruscino le droit de traverser pacifiquement notre région, afin de continuer sa route vers Rome. Ledit campement, d'ailleurs, s'étendait probablement bien au-delà de la seule cité, vu le nombre de ses soldats. Il est probable qu'il y en eut jusqu'à l'actuelle Argelès; du moins dans la partie exempte de marécages.

L'Elne moderne célèbre ce moment historique par une grande fresque murale

À cette époque, Elne portait le nom antique d'Illiberis. Ce n'est qu'au quatrième siècle qu'elle changea de nom. Les occupants romains voulurent honorer la personne d'Hélène, mère de l'empereur Constantin, dont la renommée était célébrée dans tout l'Empire.

Cité importante, Elne était à l'époque aussi un lieu religieux significatif: un temple chrétien y est attesté dès 350, suffisamment imposant pour servir de refuge (provisoire, en l'occurrence) à un fils fuyard dudit empereur Constantin. Plus tard, lorsque les Wisigoths conquirent notre région après la chute de l'Empire romain, ils firent de la cité Helenæ (devenue peu à peu Elne par déformation linguistique) le siège épiscopal de la région. Le choix était naturel: Ruscino tombait alors dans l'oubli, et Perpignan n'existait pas encore au-delà de quelques maisons. Siège épiscopal, Elne l'est toujours, plus de mille ans plus tard. Même si, comme je vous l'ai raconté un jour, l'évêque réside à Perpignan depuis quelques décennies.
En l'occurrence, cette désaffection épiscopale n'est pas la cause, mais la conséquence de l'endormissement d'Elne. Depuis le milieu du siècle dernier (pour moi! Je parle donc du seizième siècle), la population de la cité a considérablement chuté. Les habitants étaient environ un millier, il y a une centaine d'années (vers 1550). Ils ne sont plus guère que 150 aujourd'hui, et encore en comptant large!...
Les épidémies, les années de guerre (Elne est située sur le chemin qu'ont plusieurs fois parcouru les armées françaises et espagnoles ennemies, durant des décennies), l'attrait de villages et de bourgs à l'écart, plus propices à trouver du travail dans les fermes des mas alentours, l'ombre de Perpignan, située à un peu plus de lieues seulement (Patrick, une nouvelle fois, me souffle ce qu'il appelle une traduction pour vous: une quinzaine de kilomètres)... Tout cela a conduit au déclin accéléré de l'antique cité. Et de nos jours encore, il n'est pas rare que des familles continuent à quitter la cité, pour s'installer aux alentours, y compris dans le minuscule hameau de Tatzo, alors qu'elle fut longtemps un pôle d'attraction de nouveaux arrivants.

Seul vestige, finalement, de la grandeur passée: la cathédrale Sainte Eulalie et Sainte Julie. L'édifice actuel, massif, se situe dans la partie haute de la cité. On peut ainsi l'apercevoir de loin, dans les campagnes environnantes!...

Aussi majestueuse que le massif du Canigò


Ce bâtiment date du début de notre millénaire, mais il ne fait pas de doute qu'il a succédé à d'autres édifices religieux qui furent en leur temps le siège de l'évêché, et dont il ne reste désormais plus rien. Je vous en reparlerai, même si je le connais peu, car il recèle quelques trésors architecturaux qui valent la peine d'être évoqués. Le temps de demander quelques précisions à Francisco...

Hormis sa cathédrale, Elne est aujourd'hui comme endormie, encore enserrée dans ses murailles médiévales, comme Argelès. Mais alors que ma cité se sent de plus en plus à l'étroit, et commence même à déborder dans un petit faubourg le long de la route vers Collioure, il y a à Elne de plus en plus de maisons abandonnées, voire partiellement détruites. Et les murailles, bien plus massives qu'à Argelès, font comme un étrange rappel des temps anciens. D'autant plus étrange, d'ailleurs, qu'il y a là deux niveaux de murailles. La cité, en effet, est scindée entre la Ville Haute et la Ville Basse.

Aux temps les plus anciens, seule la partie basse (à l'Est) était habitée

Une façon, bien sûr, d'assurer une double protection face à d'éventuels assaillants. Mais aussi une façon de protéger l'espace ecclésial des soubresauts de la population d'en bas...

Publié dans Ma région

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Perpignan: LA grande ville!...

Publié le par Jaume Ribera

Perpignan!

Cela fait longtemps que je me dis qu'il faut que je vous en parle... Mais je renonce au dernier moment; comme si je craignais d'affronter un tel mastodonte!

Le mot n'est pas trop fort, croyez-moi. Lors du traité de 1659, la population totale des terres devenues françaises représentait environ 70 000 personnes. À elle seule, Perpignan en comptait 9000. Un habitant sur huit réside dans la capitale de la région!
Comment voulez-vous que nous ne nous sentions pas isolés, presque menacés, dans les villages voisins? Nous ne sommes que 350 à Argelès; ils sont 150 à Elne (pourtant siège officiel du diocèse!), 100 à Cabestany, 75 à Château Roussillon (l'antique Ruscino), 50 à Toulouges, une quinzaine à Orle...

J'ai souvent eu l'occasion de me rendre à Perpignan. Bien avant que les exigences de mes enquêtes m'y conduisent régulièrement. Et pourtant, je ne m'y sens jamais totalement à l'aise. Trop de monde. Trop de bruits. Trop d'agitation...

Car la vérité, c'est que Perpignan est une ville bien trop petite pour rassembler une telle population. Bien qu'ayant été capitale d'un royaume (celui de Majorque, jusqu'au milieu du XIV° siècle), la ville ne s'est jamais réellement étendue. Et lorsqu'à la chute de ce royaume, elle a été enfermée dans de véritables fortifications, elle n'en est plus sortie depuis. Songez que c'est seulement maintenant que les nouvelles autorités de la province parlent d'abattre certaines des antiques murailles pour en construire d'autres un peu plus loin, et agrandir donc (un peu!) la superficie de l'espace urbain.

Le Perpignan de mon temps: coincé entre la Basse et (maintenue au loin) la citadelle

Vous le remarquez sur ce plan qui m'est contemporain: les rues sont étroites, les espaces construits sont tassés les uns contre les autres, et hormis le vaste glacis entourant la citadelle, il n'y a plus guère d'espaces libres. Seules quelques parcelles, près de la Porte Saint Martin (à l'Ouest) ou de la porte d'Elne (à l'Est) peuvent encore être construites. D'ailleurs, c'est là que les quelques fortunes nouvelles de la région se font construire de belles demeures.

Entre les deux, la ville est un véritable chaudron en perpétuelle activité.
Je ne vais pas verser dans le misérabilisme dont, paraît-il, votre époque est friande dès qu'il s'agit de décrire (de critiquer?) nos modes de vie anciens.
Non, les habitants de Perpignan ne vivent pas dans la crasse et dans la misère totale. Mais se déplacer dans les quartiers populeux (le long de la Basse, ou dans le quartier Saint Jacques...) est une plongée dans un espace où tout le monde se côtoie et entremêle ses activités; où l'effervescence est constante, y compris parfois durant la nuit; et où, hélas, se sont agglutinés les innombrables réfugiés et orphelins des années de guerre, venus dans la grande ville chercher la protection et l'anonymat de la foule.

Je comprends, maintenant, pourquoi j'ai eu tant de réticences et d'hésitations avant d'aborder ce sujet: malgré sa petite taille, Perpignan est trop diverse et trop multiple pour l'évoquer dans son ensemble.

Maintenant que le premier pas a été accompli, il me sera peut-être plus aisé d'y revenir.

Et de vous faire découvrir ce qu'est, de nos jours, LA grande ville de notre région.

Publié dans Ma région

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