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Inondations...

Publié le par Jaume Ribera

C'est un message court que je vous envoie ce soir.

Car cela fait plusieurs jours que Patrick me dit qu'il n'a pas le temps de s'occuper de mon blog, car il est sous les eaux.
Je le connais, et il exagère toujours. Cela dit, il n'invente pas non plus, et il paraît qu'en ce moment les cours d'eau débordent sérieusement, là où il habite.

Évidemment, j'ai aussitôt pensé à rédiger quelque chose sur ce que représentent les inondations dans notre pays catalan du XVII° siècle... Nous aussi, nous connaissons cela. Surtout en plaine, comme à Argelès!
Mais je me suis dit qu'il le prendrait pour une marque d'humour déplacée. Alors, je m'abstiens...
Pour le moment, car le sujet me paraît intéressant à évoquer pour vous.

Je me contenterai donc dans l'immédiat de vous dire que nous ne vous oublions pas.
Et que d'autres articles vous arriveront très bientôt.

Et pour faire pardonner mon silence, je vous envoie ces images des colères de la Massana.
 

Je ne sais pas vous, mais moi je la préfère au calme...Je ne sais pas vous, mais moi je la préfère au calme...

Je ne sais pas vous, mais moi je la préfère au calme...

Publié dans De la part de Patrick

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La chapelle Sant Julià

Publié le par Jaume Ribera

Encore une chapelle qui a disparu entre mon époque et la vôtre!...

Il faut reconnaître qu'à mon temps déjà, elle n'est pas très vaillante... L'a-t-elle jamais été, d'ailleurs?

Comme d'autres anciennes chapelles dont je vous ai parlé (Saint Laurent, La Pava...), elle a vraisemblablement été une église paroissiale. Mais il ne reste vraiment aucun souvenir du noyau humain auquel elle correspondait. Cette petite chapelle est située à moins d'une lieue à l'ouest d'Argelès (et même moins de deux kilomètres, me souffle encore une fois Patrick). Or, à cet endroit-là, rien ne subsiste qui pourrait laisser penser qu'un hameau, ou même quelques mas désormais disparus auraient pu exister.

Au bord d'un bois isolé, sans mas alentours...

Et pourtant, Francisco m'a assuré un jour qu'un vieux document de la fin du douzième siècle cite une paroisse appelée Sant Julià de Garriga. Puis, durant le seizième siècle, est parfois mentionné un lieu appelé Sant Julià del Rosar (ou del Rohar). Bien sûr, aucun de ces lieux n'est précisément situé autour d'Argelès (même . Mais comme il n'y a aucun autre endroit voué à un saint appelé Julià (lequel, d'ailleurs? il y en a eu tant!...), il est probable qu'il s'agit bien de cette chapelle.

On ne sait rien de son histoire, vous l'avez compris.
On n'en sait pas beaucoup plus sur ce à quoi elle ressemblait. À mon époque déjà, la chapelle est en partie effondrée: elle a perdu son toit, qui reposait pourtant sur deux arcs dont il ne reste que les piliers les soutenant. Elle est plutôt petite, et semble dépourvue de toute originalité dans sa construction.

La seule représentation moderne que l'on ait de la chapelle, dans un plan cadastral de 1813

En fait, vous l'avez compris, je me livre là à quelques conjectures, car ce que je peux voir de cette chapelle n'a vraiment rien d'un lieu où a pu un jour être célébrée la moindre cérémonie religieuse. Sant Julià n'est qu'un simple rectangle de pierres grossièrement assemblées, avec un côté légèrement incurvé, comme le sont les absides. Hormis les bases des arcs que j'évoquais, rien ne distingue l'endroit d'un simple cortal, ces lieux où les paysans des alentours entreposent outils, fourrages, parfois bêtes pour les protéger...
D'ailleurs, c'est ce à quoi servent les vestiges de la chapelle, de nos jours...

Espérant qu'il en saurait plus, j'ai interrogé Patrick sur cette chapelle disparue... Il m'a dit n'en avoir jamais entendu parler; puis, il a cherché (avec vos moyens techniques, c'est plus facile que pour moi).
Il a fini par me dire qu'il ne reste absolument rien de la chapelle. Même les murs que moi je connais n'existent plus, à votre époque. Mais ils en reste des traces sous terre, m'a-t-il assuré; au moins des fondations.
Et il m'a montré le cliché ci-dessous, en guise de preuve!

Les photographies aériennes, que Jaume ne peut pas connaître, peuvent aider à localiser des bâtiments disparus

Il paraît que les deux semblants de traits sombres parallèles, au centre du cercle rouge, sont la preuve que là se situe autre chose que de la terre. Et comme ils sont à l'endroit où les plans anciens représentent la chapelle, ce serait la trace de ce très ancien endroit...

Moi, je ne demande qu'à le croire, Patrick!...

Mais entre vous et moi, vous voyez une chapelle, dans ce qu'il me montre???...

Publié dans Ma région

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Un espace à repeupler

Publié le par Jaume Ribera

Je vous ai expliqué l'autre jour que les armées de Charlemagne, lorsqu'elles traversèrent notre région sur la route de l'Espagne, en 778, la trouvèrent très largement abandonnée de sa population.
 

Le calife omeyyade Abd ar-Rahman et l'empereur Charles ILe calife omeyyade Abd ar-Rahman et l'empereur Charles I

Le calife omeyyade Abd ar-Rahman et l'empereur Charles I

Pas totalement déserte, certes. Ceux qui n'avaient pas eu la possibilité de partir (car il faut avoir les moyens, physiques et même financiers, pour prendre le chemin de l'exil) étaient restés, s'étaient terrés dans quelque vallée ou, sur la cote, dans les marais bordant la mer. Et la plupart des grandes villae construites aux temps romains n'existaient plus depuis longtemps qu'à l'état de ruines.
Ou alors, elles étaient occupées par des propriétaires plus ou moins précaires, qui avaient tenté de les fortifier peu ou prou, afin de les protéger de tous les mouvements guerriers de l'époque: les élites wisigothes, les conquérants arabes, les nouveaux venus francs...

Lorsqu'il eut assuré son contrôle sur toute la zone pyrénéenne, Charlemagne avait depuis longtemps compris que s'il voulait conserver ces terres et maintenir à distance l'émirat omeyyade, il lui fallait à tout prix repeupler et structurer notre région. Un espace vide, ou presque, est trop difficile à défendre!...
Il le fit de deux manières: en attribuant des terres et des droits à quiconque viendrait s'installer, ou se réinstaller, dans la région; en organisant l'administration et la gestion de ces territoires, pour en assurer la sécurité vis-à-vis d'éventuelles nouvelles invasions.

Autant le dire clairement: pour amener des individus, des familles, des clans, à venir ou revenir dans notre région, il fallait les motiver. Le simple fait que les Sarrasins fussent partis n'était pas en soi suffisant.
La seule motivation valable, à l'époque, était le don de terres. Arrachées à l'ennemi, celles-ci étaient juridiquement devenues propriétés royales. Le souverain carolingien pouvait donc en user comme il l'entendait. C'est ainsi que se généralisa le systèmes des aprisions: des colons étaient attirés dans notre région (mais aussi dans toutes les zones pyrénéennes enlevées aux Omeyyades), en échange de terres dont ils devenaient propriétaires. En plus de ce don en nature, les espaces attribués étant d'ailleurs souvent très étendus, ils conservaient un statut enviable: ils étaient des hommes libres, échappant à toute servitude.
Ils devaient en contrepartie respecter deux conditions: cultiver et faire prospérer les terres qui leur avaient été accordées; et rester libres, c'est-à-dire ne jamais se placer sous la servitude d'un maître qui y verrait le moyen d'étendre sa propre influence.
 

L'essartage (défrichement): la première étape de la mise en valeur des terres obtenues par aprision

Ce système des aprisions concerna deux types de bénéficiaires: des paysans chrétiens, venus pour beaucoup des zones espagnoles restées sous la domination arabe (on les appelait les Mozarabes), mais aussi pour certains du Languedoc et de toute l'ancienne Septimanie; des religieux, soucieux de réinstaller la foi chrétienne après les quelques années de domination musulmane, qui établirent plusieurs abbayes (je vous en ai déjà présenté certaines) dont les alleux étaient d'autant plus vastes que ces implantations étaient de solides appuis administratifs pour les nouvelles autorités.

Car il ne suffisait pas de repeupler. Encore fallait-il créer dans cette aire pyrénéenne les bases d'un pouvoir politique. D'une autorité qui s'y exercerait pour le compte de la monarchie carolingienne sans que celle-ci, bientôt accaparée par d'autres guerres, eût trop à se soucier d'y immobiliser troupes et finances.

C'est ainsi que Charlemagne mit sur pied la Marca Hispanica, la marche d'Espagne.

C'est elle qui fut la matrice, vraiment, de l'émergence d'une conscience catalane, indépendante de toutes les autres influences locales (arabe, carolingienne, espagnole...). Je vous détaillerai cela très bientôt.

Publié dans Ma vie

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Va-t-on ressusciter Port Vendres?

Publié le par Jaume Ribera

Cette question doit vous sembler étrange.
Ressusciter voudrait donc dire que l'endroit a disparu? Qu'il est mort? Non, bien sûr... Mais c'est tout comme... À mon époque, Port-Vendres n'est plus qu'une toute petite bourgade de quelques pêcheurs, qui vivent agglutinés autour de ce qui reste du port.
Je dis "ce qui reste", parce que ce port qui fut le plus important de notre région durant des siècles est quasiment abandonné depuis des décennies. Très rares, désormais, sont les navires qui viennent s'y abriter. Il faut dire que plusieurs quais sont effondrés, rendant impossible d'y aborder. Les passes d'entrée et de sortie sont devenues excessivement étroites, faute d'avoir été entretenues: le dernier récurage sérieux date quand même de plus de trois cents ans, à la chute du royaume de Majorque!

Quel retournement de destin pour un port qui était connu dans tout le monde méditerranéen dès les temps romains! Connu, il l'était; il n'est pas certain qu'il ait été à l'époque aussi prestigieux, aussi utilisé, aussi rayonnant que plusieurs historiens de notre région se sont plu à le dire...

Un gigantesque temple aurait été construit au dessus du port aux temps romains. Est-ce vrai? Francisco en doute...

Tout ce que l'on sait avec certitude est qu'il fut fondé par les Phéniciens, dès le VI° siècle avant notre ère. Mais durant plusieurs siècles il fut seulement un port de relâche, d'escale, pour les navires reliant Narbonne et Empurias. Mais aussi et même surtout pour des navires militaires. Port Vendres était en tous cas, pour ce genre de flotte, le dernier port utilisable appartenant à l'Espagne. En fait, à ce titre, il était l'annexe portuaire de Collioure, important siège administratif et politique.

C'est surtout durant les siècles du Moyen Âge, lorsque le royaume d'Aragon s'imposa définitivement dans son face-à-face avec le fugace royaume de Majorque, que le commerce devint actif vers et à partir de Port-Vendres. C'est là qu'arrivaient toutes les marchandises que l'Espagne importait des pays d'Orient: des céréales, du vin, des épices, des métaux précieux et même, à certaines périodes, des esclaves. Et c'est de là que repartaient draps, fer, miel, peaux, bestiaux, et poissons séchés et salés (sardines et anchois surtout), qui firent la renommée des pêcheurs locaux.

Pourquoi cette activité florissante a-t-elle fini par péricliter, à partir du XV° siècle?
Les guerres franco-espagnoles, déjà... Lorsque le royaume de France a décidé de s'impliquer dans les conflits liés à la succession pour le trône d'Aragon, durant les années 1450. Les liaisons maritimes entre les ports espagnols et les ports français en furent fortement diminuées.

Et puis peu à peu, durant le siècle suivant, l'Espagne s'est tournée vers ses ports sur l'Atlantique; ceux qui étaient en liaison avec le Nouveau Monde qui venait d'être découvert, et où se trouvaient des richesses considérables. Les ports méditerranéens, surtout excentrés, perdirent l'essentiel de leur intérêt

Port Vendres est quasiment tombé dans l'oubli. Et dans une lente destruction de son port. Celle que je lui connais encore, car les travaux décidés par les souverains espagnols depuis une cinquantaine d'années ont été très insuffisants.

Le Port Vendres que je connais, avec seulement quelques barques de pêcheur

Cela dit, je parlais de résurrection, dans le titre de ce billet. En effet, on prête aux nouvelles autorités de la région, française désormais, la volonté de redonner toute son importance militaire au port de ce village, qui lui-même serait paraît-il agrandi et refondé. Des forts militaires, des bastions de défense, de nouvelles rades, seraient même envisagés par des ingénieurs militaires, à la cour de France, dont un certain chevalier de Clerville.
Patrick me dit que ce dernier sera, en effet, le grand ordonnateur des travaux de réhabilitation, dans quelques années. Verrais-je la fin de ces travaux, lui ai-je demandé? Connaîtrai-je le nouveau Port Vendres?

Il n'a pas voulu me répondre... Sans doute n'a-t-il pas voulu me faire de la peine... Ce sera sûrement un si long chantier...

Publié dans Ma région

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Pourquoi n'y a-t-il pas de seigneur à Argelès?

Publié le par Jaume Ribera

C'est une chose que je vous ai souvent dite: notre cité est exempte de tout lien avec un personnage qui en serait le chef seigneurial, que ce soit par la possession du lieu, ou par la désignation par le pouvoir royal. C'est une situation qui n'est pas unique dans notre région, mais qui n'est pas pour autant très répandue.

S'il y a un point où les royaumes français et espagnol se ressemblent en partie, c'est celui de l'organisation des pouvoirs locaux. Mais il y a une différence essentielle entre eux: en Espagne, nous n'avons pratiquement pas connu ce que l'histoire a appelé le système féodal. Inventé dans le monde germanique et mis totalement au point par la monarchie carolingienne, ce système se caractérisait (pour faire vite) par toute une hiérarchie de liens d'allégeance et de contrôle qui structuraient de nombreux niveaux de la société. Des plus hauts seigneurs (les ducs, les comtes...) jusqu'aux plus humbles des habitants (les serfs, voire dans certains cas de véritables esclaves).

Un système très sophistiqué adopté par presque tous les pays d'Europe... Mais pas l'Espagne

L'élément central de ce système était la possession de la terre: le fief constitué par ce que chacun possédait (ou pas) donnait le pouvoir qui serait le sien sur ses contemporains.

Parce que l'Espagne fut longtemps dominée par un califat arabe et musulman, qui n'avait ni le même rapport à la terre, ni le même souci de déléguer un quelconque pouvoir administratif à qui que ce soit, notre ancien royaume (il faut que je m'habitue à ne plus le considérer comme mien, depuis le Traité de 1659) n'a pas vraiment connu le système féodal. Ou plutôt il a connu, tardivement et de façon édulcorée, une féodalité imparfaite.
À cet égard, les terres catalanes ont certes fait en partie exception, mais en partie seulement. Parce que la présence franque s'y imposa plus longuement (après la création de la Marca Hispanica), et parce que son influence s'y est maintenue durant les longs siècles de la domination du califat des Omeyyades.

La Marca Hispanica de Charlemagne, lointaine ancêtre territoriale de notre actuelle Catalogne

Dans toute l'aire espagnole, même en terre catalane, l'absence ou la faiblesse du lien féodal a permis l'apparition d'un niveau de hiérarchie administrative bien plus précoce et plus puissant qu'ailleurs, et notamment qu'en France: les cités. Pour diverses raisons, mais surtout parce qu'ils ne voulaient pas s'encombrer de seigneurs trop envahissants, les monarques espagnols ont choisi au fil des décennies, y compris en terre catalane, de doter ces cités (que l'on appela des cités libres) d'institutions échappant à une quelconque appropriation par qui que ce soit.
Seuls deux maîtres y étaient reconnus: le roi et l'évêque. Pas de seigneur local. Même ceux qui pouvaient se targuer d'un titre plus ou moins nobiliaire (les ricos ombres, les hidalgos...), dès lors qu'ils s'installent ou qu'ils vivent dans la cité, sont soumis aux mêmes règles et aux mêmes charges que tous les autres habitants de celle-ci. Des chartes municipales, accordées par le pouvoir royal fixaient les termes de ces règles.

Très tôt, elles ont été en avance sur ce qui pratiquait usuellement à la même époque. Patrick me dit que vous appelleriez cela une gestion démocratique.
Je vous raconterai en quoi consistait l'organisation de ces chartes municipales, car c'est un système qui a largement contribué à façonner notre société, au fil des siècles.

Et parce qu'Argelès fut, dès le treizième siècle, l'une de ces cités libres.

C'est pour cela qu'elle n'a jamais eu de seigneur.

Publié dans Ma vie

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Après la conquête musulmane

Publié le par Jaume Ribera

Durant une cinquantaine d'années, au VIII° siècle, le Roussillon et toutes les terres montagneuses qui l'entourent ont appartenu à l'Émirat de la dynastie arabe des Omeyyades. En fait, lorsqu'ils nous ont conquis, après toute l'Espagne, vers 719, nous sommes passés d'une domination (wisigothe) à une autre (arabe). Cela ne nous changeait pas beaucoup, à part que les Wisigoths étaient là depuis plus de quatre siècles, et que nous avions fini par nous habituer à leur présence: nos deux groupes étaient totalement mêlés et constituaient une société assez harmonieuse.

J'imagine le changement soudain que dut être l'irruption d'un nouvel acteur, différent par sa langue, sa culture, et surtout sa religion, dans les vastes propriétés des villas romaines de notre région. Et parmi les cabanes de pêcheurs qui tenaient lieu, à l'époque, d'habitation là où se situe aujourd'hui Argelès!
 

Les guerriers omeyyades qui prirent le contrôle de nos terres au début du VIII° siècle

Il ne fallut pas très longtemps, cela dit, pour inquiéter les nouveaux maîtres carolingiens, dans le royaume franc. Les incursions de plus en plus fréquentes et audacieuses des bandes armées sarrasines à l'intérieur du royaume poussèrent celui-ci à réagir. Avec force. Dès 759, tous les territoires au nord des Pyrénées étaient passés sous le contrôle des Carolingiens.

Mais ce n'est pas de cela que je veux vous parler.
Cela, vous le trouverez, en bien mieux expliqué que je pourrais le faire, dans n'importe quel ouvrage historique.

Ce que je peux vous raconter, moi, c'est l'état dans lequel les Francs ont trouvé notre région. Parce que Francisco (qui s'est un temps passionné pour cette période) m'en a souvent parlé. Nous avons même eu de longues et passionnantes conversations à ce sujet. Nos terres sont tellement différentes, désormais... Cela nous plaisait bien, de les imaginer dans leur lointain passé!...
 

Presque toute l'Espagne fut occupée... Et la Septimanie méditerranéenne, également

Et comment étaient-elles, dans ce passé?
Vides.
Pas complètement, bien sûr, mais le pays catalan s'était fortement dépeuplé, durant le demi-siècle de présence sarrasine. Ce n'est pas tellement, d'ailleurs, que les Omeyyades et leurs troupes eussent multiplié les violences; au contraire. Oh bien sûr, il y eut bien quelques razzias ici ou là. Mais surtout dans la plaine, près de la côte.

La zone montagneuse, dès lors, aurait pu être un lieu de refuge naturel. Mais elle était hostile. Il n'y avait encore presque aucun des villages qui la parsèment de nos jours. Seules les vallées (et encore celles des grandes rivières, le Tech et la Têt) rassemblaient quelques groupes d'habitations.
La presque totalité du reste de notre région était couverte d'une forêt dense et souvent impénétrable. Dans laquelle de rares ermites, ou vagabonds, ou criminels pourchassés (parfois tout cela à la fois) vivaient à l'écart de tout. Et de tous.

Alors, puisqu'il n'y avait pas vraiment où aller pour se réfugier en restant sur place, les gens partirent. Vers le Languedoc pour la plupart; jusqu'en Comminges et même à Toulouse pour d'autres. À cette époque, nombreux furent ceux qui ont quitté ce pays qu'on n'appelait pas encore catalan.

C'est pourquoi ce sont des territoires quasiment déserts que traversèrent les troupes de Charlemagne lorsqu'en 778 elles les traversèrent en direction de l'Espagne. Il fallut les réorganiser. Et surtout les repeupler.

Monnaies omeyyade et carolingienne. Les seuls souvenirs physiques qui nous restent de cette époqueMonnaies omeyyade et carolingienne. Les seuls souvenirs physiques qui nous restent de cette époque

Monnaies omeyyade et carolingienne. Les seuls souvenirs physiques qui nous restent de cette époque

Je vous raconterai prochainement comment ils s'y sont pris... Parce que ces années sont le vrai berceau de l'entité catalane. Qui naquit de cette période de reconstruction et de repeuplement.

Publié dans Ma vie

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Une nouvelle année

Publié le par Jaume Ribera

Au-delà des siècles qui nous séparent, voici au moins un point qui nous réunit: vous comme moi venons d'inscrire un an de plus dans le décompte universel. Au moment où nos vies ont basculé du dernier jour de décembre au premier jour de janvier, en plein cœur de la nuit d'hiver, nous avons tous changé d'année. La vôtre n'est pas la même que la mienne, c'est tout...

Je crois que j'en ai chagriné certains, l'autre jour, lorsque je vous ai expliqué que Noël est pour nous un jour comme les autres, hormis sa signification religieuse.
Réjouissez-vous, alors: nous célébrons, nous aussi, le passage à l'année nouvelle! Certes, nos réjouissances sont plus modestes et moins spectaculaires que les vôtres, mais elles existent. Et l'arrivée d'un an nouveau ne passe pas inaperçu dans la Chrétienté de mon dix-septième siècle. Et donc dans mon pays catalan, dont les usages et les modes de vie sont fortement façonnés par l'environnement chrétien. Même si aucune célébration religieuse particulière ne lui est associée.

Toutes ces traditions de réjouissances collectives sont fort anciennes. Francisco m'expliquait un jour qu'elles datent des temps romains.

Janus, le Dieu à deux têtes, dont les Romains firent le symbole du passage d'une année à l'autre (Januarius, moins de Janus, était notre mois de janvier)Janus, le Dieu à deux têtes, dont les Romains firent le symbole du passage d'une année à l'autre (Januarius, moins de Janus, était notre mois de janvier)

Janus, le Dieu à deux têtes, dont les Romains firent le symbole du passage d'une année à l'autre (Januarius, moins de Janus, était notre mois de janvier)

Mais sans doute sont-elles beaucoup plus anciennes, ajouta-t-il aussitôt, car les Romains étaient les maîtres pour adopter et perpétuer sous d'autres apparences des cérémonies païennes qui leur étaient largement antérieures.
Et finalement, il ne me déplaît pas d'imaginer que nos très lointains ancêtres, aux temps des Sardones dont je vous ai parlé, ou de ceux qui leur ont succédé, avaient déjà des coutumes sociales qui sont parvenues jusqu'à nous (et jusqu'à vous ensuite).

En quoi consistent-elles, ces réjouissances de l'An nouveau?
Il serait difficile de vous en faire un tableau fidèle, tant elles varient selon les lieux, les moments, les communautés, les individus... Chacun, finalement, célèbre comme il le veut (comme il le peut!...) la fin de l'année défunte, et l'arrivée de celle qui va la remplacer.
Pour vous décrire les sentiments qui nous animent à ce moment-là de notre vie, je vois trois mots que tous partagent, quels que soient leur condition et leurs moyens: l'oubli, l'échange et l'espoir.

Oubli de tout ce qui a été mauvais durant l'année passée. On ne l'oublie pas totalement, bien sûr, mais on le met de côté, on le range symboliquement à l'écart de la vie qui continue. Certains jettent au feu un objet rappelant ce souvenir que l'on veut bannir (le vêtement d'un défunt, par exemple), d'autres incarnent tous ces mauvais moments dans une sorte de figurine, plus ou moins grossière, qui est elle aussi détruite.
Voyez que les pratiques païennes ancestrales ne sont pas loin...

Échange entre les membres de la communauté. Ceux avec qui on vit quotidiennement. Ceux avec lesquels on partage les peines et les joies. Ceux finalement dont notre sort dépend tellement, et sur celui desquels nous avons tant d'influence...
Je ne vous ai pas assez dit, il faudra que j'y revienne, combien la solidité de notre société dépend de la force des multiples liens qui nous unissent; qui nous rendent interdépendants les uns des autres. Bien sûr, il y a des exclus; bien sûr, il y a des miséreux oubliés de tous; bien sûr, il y a ceux qui méprisent les autres du haut de leur bonne fortune!... Mais la collectivité ne peut survivre que si les liens sont forts entre la majorité de ses membres.
L'échange de présents, de menus cadeaux, en ce moment de changement d'année, est le symbole de la force de ces liens. Oh! Pas grand chose! Quelques plantes; un peu de nourriture; des babioles aux enfants... C'est le geste du don mutuel qui compte, pas tellement ce qui est donné.

Espoir, enfin, que l'avenir incarné à ce moment-là par l'année qui débute soit propice. Patrick me dit que vous perpétuez cela, à votre époque, à grand renfort de vœux que vous vous adressez (oralement ou par écrit). Ces vœux, nous les formulons aussi. Pour de bonnes récoltes, pour la prospérité revenue après les années de guerre, pour la santé de tous au sein du noyau familial... Pour certains, cela s'accompagne même de pratiques confinant à la superstition: une planté accrochée au-dessus de la porte d'entrée de la maison, une herbe que l'on fera se consumer pendant plusieurs jours à l'intérieur.
Voire, pourquoi ne pas recourir, encore une fois, aux vieux souvenirs païens jamais totalement enfouis, quelques objets plus ou moins secrets enfouis en bordure d'un champ pour qu'il soit fécond.

Le moment de l'An nouveau, c'est donc un moment fort pour notre société. Peut-être pas un moment de fête totale, mais quelque chose qu'il faut célébrer...

Et puisque je vous ai dit que les vœux d'avenir occupent une place importante dans ces célébrations, laissez-vous souhaiter une excellente année...

1661 !...

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